AGATHE, THIBAUT
Thib. Retoanie chez nous, 171a fille ; je ne ferai qu'aller et venir.
Agat. Mais quelle affaire si pressante vous force d'aller à la ville? Attendez à demain, mon père; il est déjà tard; pour pen que l'on vous retienne , vous reviendrez la nuit : vous savez que je n*aime pas cela.
TiiiD. Il est absolument nécessaire que j'y aille aujourd'hui ; mais je n*y serai qu'un instant, et la demi-lieue n'est pas forte. Pendant ce temps, ta réfléchiras sur le choix que tu dois faire , et tu me diras, à mon retour, lequel de Firmin ou de Giraut tu choisis pour ton mari.
AGAT., tristement. Jusqu'à ce moment j'étais décidée, mais je ne le sa» plus.
Thib. Voilà donc la cause de ce chagrin que j'ai remarqué sur ton visage. Je n'osais pas t'en parler, parce que je me souviens que les amoureux n'aiment pas les questions ; mais je me suis douté que tu étais brouillée avec Firmin.
AGAT. Plût à Dieu que nous fussions brouillés! cela n'empêche pas de s'aimer, au contraire.
Tbib. Ah! si vous n'êtes pas brouillés, il devient plus difficile de vous raccommoder. Tu as donc beaucoup à te plaindre de Firmin?
AGAT. Beaucoup, mon père , beaucoup. Firmin n'est pins le même, il n'a plus le même amour ; et malheureusement ma tendresse pour lui n'ai peut diminuer : je le verrais , je crois, inconstant, que je l'aimerais encore. Tout cela me rend bien malheureuse, et j'aurais grand besoin de ccHiseiL
Thib. S'il était d'usage que les filles fissent cas de ceux de leur père, je sais bien ce que je te conseillerais.
AGAT. Comme vous n'ordonnez jamais , on est toujours tenté de faire œ que vous dites. Voyons donc comment vous vous conduiriez à ma place.
Thib. Pour te répondre là-dessus, il faudrait savoir précisément ce que tu reproches à Firmin.
AciT. Ce n'est pas la peine d'entrer dans des détails, liais supposez que Firmin soit un ingrat, un inconstant, qu'il m'oublie, et qu'il renonce à moi... ; nous n'en sommes pas là, au moins, il s'en faut : mais supposez poor un moment que j'aie des raisons de croire à l'inconstance de Firmin, vous décideriez- vous , pour le punir, à épouser M. Giraut?
Thib. Ces sortes de punitions-là , mon enfant , sont toujours pour celui qui les fait ; et cela ressemblerait tout justement à notre voisin Gros-Pierre, qui , pour punir les moineaux qui venaient manger ses cerises , abattit son cerisier. A ta place , je n'épouserais point Giraut
AGAT. Ah ! que vous êtes de bon conseil, mon père ! je veux snivre aven- {{lénicnt tous vos aYis.