ACTE m, SCÈNE I
TiiiB. Mais Je n'épouserais pas non pins Firmin.
AGAT. Et pourquoi donc , s'il vous plaît?
TiiiB. Pardi! parce que tu dis toi-même qu'il est on ingrat, un inconstant, et que...
AGAT. Je ne vous ai pas dit cela , mon père , et je ne l'ai jamais pensé.
Thib. Non : eh bien, je i*ai pensé pour toi ; j'ai eu une assez longue conversation avec Fimiin , et il s'en faut que j'en aie été content.
AGAT. Cne conversation sur moi ?
TfliB. Sur toi-même. J'ai commencé par rassurer que son mariage avec toi était certain ; il s'est obstiné à me dire que non , et il m'a toujours répondu là-dessus froidement et tristement
AGAT. Tristement, cela peut être ; mais non pas froidement, j'en suis sûre.
Thib. Je le veux bien; iï m'a répondu tristement Ensuite Je lui ai dit que Je voulais te donner une dot, et alors il m'a répondu très-gaiement, il m'a sauté au cou, et n*a plus douté de t'épouser demain. Après cela, je lui ai confié que , pour des raisons dont je l'ai fait juge , je ne pouvais pas payer ta dot le jour même de ton mariage ; et il est retombé dans ses doutes et dans sa tristesse. Oh ! tout cela m'a paru clair ; et j'ai conclu ce qu'un autre aurait conclu à ma place , que Firmin ne t'aime pas.
AGAT. Que Firmin ne m'aime pas ! Ah ciel ! comment pouvez-vous croire une pareille chose?
Thib. C'est-à-dire , il t'aime bien quand je te donne une dot ; mais sans la dot, il ne se soucie plus de toL
AGAT. Mais vous l'outragez, mon père ; mais gardez-vous bien de penser un seul mot de toutes ces calomnies : et soyez sûr que ceux qui vous l'ont dit vous ont menti.
Thib. Tu ne m'entends donc pas? C'est Firmin lui-même qui me l'a dit.
AGAT. C'est égal, mon père; il a menti. Je connais Firmin , je connais ion cœur ; et c'est le meilleur, le plus noble , le plus tendre de tous les cœurs. Lui , aimer par intérêt ! Eh ! depuis que nous nous connaissons , ne «ait-il pas bien que j'ai un frère? ne sait-il pas que vous avez toujours déclaré vouloir me marier sans me donner de dot? Est-ce qu'il y a seulement songé? Est-ce qu'il nous est venu dans la tête , à l'un ou à l'autre, que nous avions besoin d'argent pour être aimables? Non , mon père , je vous le répète , vous avez mal entendu , ou il s'est mal expliqué ; et Firmin est le plus désintéressé , le plus aimable et le plus honnête des hmnmes.
Tbib. Voilà ce qui s'appelle bien recevoir un conseil qu'on a demandé! ExpUque-moi donc à présent comment, d'après cet éloge, tu peux avoir à te plaindre de Firmin.
AGAT. Cela n'empêche pas , mon père. Oui , sans doute , J'ai à m'en plaindre; oui , je suis fdchée contre lui , et fâchée peut-être au point que je ne le prendrai pas pour époux : mais en cessant de l'aimer, en le haïssant même, je ne souffrirai jamais qu'on le calomnie devant mois je le défendrai toujours , parce que je sais combien il est estimable. Tbib. Pourquoi donc es-tu tentée de le quitter? Agat. C'est différent cela , mon père : cela ne regarde que Firmin et moi. Quand on s'aime, il y a tout plein de petits torts qui n'existent que pour les amants. Ils ont raison de s'en piquer, ils ont raison de les punir; mais tout autre qu'eux n'a pas le droit de juger de ces torts-là.
Thib. C'est pour cela que je te laisse seule juge entre Firmin et Giraut. Tu m'as demandé conseil , je te dis mon avis; tu feras à ta tête : c'est tou*
Jours ainsi que cela se pratitiue , et je ne t*eb sais pas mauvais gré. 11 se fait tard , je vais me mettre en route.
An AT., Varrétant. Tout ce que vous m*avez dit de cette dot, et de la Joie et de la tristesse de Firrain , me donne un soupçon que je veux éclairci r; et pour m'en réserver les moyens , je vais dès ce pas parler à ma marraine. Adieu, mon père ; revenez de bonne heure, je vous le recommande, et embrassez mon frère pour mol. {Elle sort.)