ACTE III , SCENE IV
je sens que j'aurai du plaisir à te dire tous les matins : Je te dois encore ce jonr-ci, et je vais l'employer à l'aimer.
FiBM. Ah! ma mère, quelle douce satisfaction vous me faites éprouver! Je n*ai rempli que mon devoir ; mais votre reconnaissance, votre tendresse, votre amour, me prouvent qu'aucun bien au monde ne peut valoir le bonheur de servir et d'aimer sa mère.
Marc. Explique-moi , je te prie , comment tu as pu venir à bout d'une chose si difficile ; et <iuels sont les arrangements que tu as faits avec Giraut.
FiRM. N'en parlons plus, je vous en prie. Cette malheureuse histoire nous a donné assez de chagrin. Oublions- la , je vous le demande- Giraut est content , vous êtes tranquille : tout le reste est inutile à savoir.
M\BC. Tu redoubles mes alarmes , en refusant de m'expiiquer les conventions que tu as faites. Je connais ta tendresse, mon fils; je suis stire que tu t'es engagé pour moi, et que par la suite... Si je le croyais, vois-tu, j'irais tout à l'heure...
FiBM. Écoutez , ma mère ; vous savez bien que je ne vous ai jamais menti : eh bien , je vous proteste , je vous jure que tous les engagements que j'ai pris avec Giraut sont remplis ; que Giraut ne pourra rien demander, que je ne cours pas le moindre péril , et qu'il est impossible que je devienne jamais plus malheureux... que je ne le suis.
{Il pleure , el cache ses larmes.)
Habc. Mais d'où vient donc cette tristesse que tu veux en vain me cacher, et que je lis malgré toi sur ton visage?
FiBM., essuyant ses pleurs. Moi, ma mère? je ne suis pas triste.
M ABC-, le regardant. Tu n'es pas triste?
FiRH., s'efforçant de sourire. Au contraire *, je vous ai sauvée, je suis trop heureux. {Il fond en larmes.)
MiRC. Tu es henreux, et tu pleures! Tu pleures, mon fils, mon cher fils ! Ah ! tu me caches qnel({ue malheur ! tu me trompes, j'en suis certaine- Mon fils, mon cher enfant, je te supplie au nom du ciel , au nom de ma tendresse, dis-moi la cause de ton chagrin, dis-la-moi, Firmin; je suis si pressée de m'aflliger avec toi ! Hé quoi ! tu ne me réponds pas? j'ai donc perdu ta confiance. Si cela est , reprends tes bienfaits. J'aime mieux y renoncer ; j'aime miecix aller en prison , que de ne pas partager la moindre douleur de mon Hls.
FiRM. Ma mère, c'est vous seule, c'est votre tendresse qui me fait pleurer. Je n'ai point de chagrin, je vous assure; et...
Marc Tu ne sais pas mentir, Firmin, et c est en vain que tu l'essayes : songe que mon cœur parle toujours au tien, et que ces deux coeurs-là ne peuvent se tromper.
FiRM. Eh bien! ma mère, je vais tout vous dire... (y/ par^) Cachonslui du moins ce qui l'intéresse.
Marc. Eh bien ?
Fjrm. Eh bien ! je suis brouillé avec Agathe : voilà la cause de mon chagrin.
Marc. Je respire; c'est un malheur qui pourra se réparer.
FiRH. Non, ma mère, c'est fini; je ne la reverrai jamais, jamais.
Marc. Jamais, en langage d'amoureux, signitie dans un quart d'heure. Dis-moi seulement si c'est toi qui as torl.
FiRM. Oui , ma mère , c'est moi qui «il tout le tort.
Marc. Tant mieux , cela se raccommodera plus vite , et ce sfîra moi qui m'en chargerai. Je vais aller trouver Agathe, je vais lui demamlcr pardon pour toi ; lui dire (pic tu l'aiores ; lui peindre. ..
FiBH. Que dites- V008, ma mère? tous ▼oul'Z...
Uabc. Oui , je veux te rendre au boubeur. Sois tranquille, je te réponds d'apaiser Agatbe. Est-ce que tu crois que je ne connais pas tontes ces petites querelles? Je m'en souviens encore . mon ami, et je veux employer pour toi toute rezpérience quHme vieille fenune a toujours là-dessusb Lais» moi , laisse-moi aller parler à Agalbe ; j'aurai du plaisir à m'acqoitter en partie de tout ce que je te dois ; tu as arrangé mes affaires avec Giraut, je vais arranger les tiennes avec Agathe : attends-moi, je ne tarderai pas.
{Elle veut sortir, Firmin la retient.)
FiBM. Arrêtez, ma mùrc, arrêtez : gardez -vous bien d'aller rien dire à Agathe ! vous me causeriez la plus mortelle douleur. Agalbe ne m'aime plus, puisqu'il faut vous le dire : Agathe me préfère un rival; ce soir même elle doit l'épouser. Je ne veux de ma vie revoir Agathe . je souffre même d 'en parler ; et si vous vouliez me faire plaisir, nous changerions de conversation.
Mabc Et tu me disais que c'était toi qui anrais tort?
FiBM. Eh oui , ma mère, j^ai en tort au commencement.., et ensmte fl est arrivé... Mais , au nmn du ciel , ne parlons plus de tout cela; vous me faites souffrir te martyre.
Mabc. Eh bien ! mon fils, pardon , pardon, je ne t'en dirai pins rien , je ne t*en parlerai plus. Hélas ! mon Dieu ! qui l'aurait cru de cette petite Afïalhe, qui avait l'air de t'aimer tant; qui oie disait encore hier que, sî tu changeais jamais, elle était sûre d'en mourir?... Pardon, encore une fois, ne te fâche pas, mon ami, ne te fâche pas, voilà qui est dit; mais je ne puis m'empécher de pleurer, en songeant que cette perfide... AUooSy aUoos , voilà qui est fini; je ne parlerai plus de lien.
Fibm. Pardouuez-moi, ma mère, il faut me parler de vous; il faut me dire, |jour me consoler, que vous m'aimez, que vous êtes heureuse, (|ne votre tendresse me rendra tout ce que je perds dans celte d'Agathe: il ùsA nfentrelenir de ma mère, voilà le moyen de me faire oublier mes maux.
Uabc Pauvre enfant! Eh! que te dirais>je que tu ne saches pas déjà? Plût à Dieu que je pusse te rendre tout ce que tu as perdu ! Je n'en désespère pas encore; et, malgré ta résistance, je veux tout à llienre aîkr trouver Agathe. Je suis sûre de la ramener à toL Laisse-moi , laisse-moi SOTtir. {Elle fait des efforts pour s'en aller.)
FiRH. Non , ma mère, non , je ne le souffrirai pas. D'ailleurs void rinstant où AI. Giraut doit vous porter sa quittance; il faut que vous y soyez pour la recevoir.
Mabc. Que me font M. Giraut et sa quittance , et tout ce qui ne regarde qne moi ? C'est ton bonheur qui peut me rendre heureuse , et je veux aller essayer...
FiuM. Voici M. Giraut Ma mère, au nom du ciel, ne partez de rien de ce que je viens de vous dire : vous me mettriez au désespoir.