‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 28 sur 319 · LE SINGE QUI MONTRE LA LANTLRNE MAGIQUE · texte numérisé non relu

LE SINGE QUI MONTRE LA LANTLRNE MAGIQUE

Messieurs les beaux esprits , dont la prose et les vers Sont d'un style pompeux et toujours admirable, Mais que l'on n'entend point , écoutez cette fable , Et tâchez de devenir clairs.

Un homme qui montrait la lanterne magique

Avait un singe, dont les tours

Attiraient chez lui grand concours.

Jacqueau (c'était son nom), sur la corde élastique

Dansait et voltigeait au mieux ,

Puis faisait le saut périlleux , £t puis sur un cordon , sans que rien le soutienne , Le corps droit, fixe, d'aplomb,

IVotre Jacqueau fait tout du long

L'exercice à la prussienne.

Un joiu: qu'au cabaret son maître était resté

( C'était, je pense, un jour de fête ),

LIYAE II. 53

Notre singe en liberté Veut faire un coup de sa tête.

Il 8*en va rassembler les divers animaux

Qu'il peut rencontrer dans la ville;

Chiens , chats, poulets, dindons, pourceaux y

Arrivent bientôt à la file.

Entrez , entrez , messieurs ! criait notre Jacqueau ; Cest ici , c'est ici qu'un spectacle nouveau Vous charmera gratis. Oui, messieurs, à la porte On ne prend point d'argent; je fais tout pour l'honneur.

A ces mots, chaque spectateur

Va se placer, et l'on apporte La lanterne magique : on ferme les volets ,

Et, par un discours fait exprès,

Jacqueau prépare l'auditoire.

Ce morceau vraiment oratoire

Fit bâiller ; mais on applaudit.

Content de son succès , notre singe saisit Un verre peint, qu'il met dans sa lanterne.

11 sait comment on le gouverne , Et crie en le poussant : Est-il rieu de pareil?

Messieurs , vous voyez le soleil ,

Ses rayons et toute sa gloire.

Voici présentement la lune ; et puis l'histoire

D'Adam , d'Eve, et des animaux...

Voyez , messieurs , comme ils sont beaux 1

Voyez la naissance du monde; Voyez..^. Les spectateurs , dans une nuit profonde , Écarquillaient leurs yeux , et ne pouvaient rien voir ;

L'appartement , le mur, tout était noir. Ma foi , disait un chat, de toutes les merveilles

Dont il étourdit nos oreilles ,

Le fait est que je ne vois rien.

Ni moi non plus, disait un chien.

Moi , disait un dindon , je vols bien quelque chose;

Mais je ne sais pour quelle cause

Je ne distingue pas très^bien.

Pendant tous ces discours, le Cicéron moderne Parlait éloquemment,, et ne se lassait point.

Il n'avait oublié qu'un point.

C'était d'éclairer sa lanterne.

FABLE VIII

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