‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 283 sur 319 · ROSETTE , ARLEQUIN · texte numérisé non relu

ROSETTE , ARLEQUIN

Ros. BoQjonr, mon ami; je t'attendais ayec impatience. Jamais je ne me suis tant ennuyée qu'aujourd'hui ; c'est sans doute inrce que je dois t'éponser demain , et que la veille d'un beau jour est iiien longue.

Abliq. Je sais comme toi, ma bonne amie. J'ai beau écouter l'iiorloge à toutes les minutes, il ne sonne que tontes les heures; et quand nous sommes ensemble , ce drôle-là sonne les heures k toutes les minutes.

Bofi. Xespère que notre mariage ne r^era pas cette horloge.

ABLKQ. Que tiens- tu là? Voyons, montre vite; je suis pressé. Pour qui cela?

Ros. C'est pour toi ; car c'est moi.

ABLEQ., regardant le portrait. Comment ! Oui , c'est toi. Tu es là [il montre le portrait); tu es là (t^ montre Rosette) ; tu es ici ( il montre son cauf) ; tu es partant. Je ne m'étonne plus si Je te vois partout

Ros. Mon ami » depuis longtemps je Tai donné mon cœur; aujourd'hui voilà mon portrait, et demain je serai ta femme.

Ablbq., regardant le portrait. Qu'il est joli! c'est un peintre qui a fait cela, ma bonne amie? J'en suis fâché; il est si^rement amoureux de toi , ce peintre-là s car il faut regarder quelqu'un pour le peindre. Oh ! c'est bien toi. {Jt U baise.) Plus je l'embrasse, plus j'ai envie de t'einbrasser... Mais non, Je dois t'épouser demain; je n'ai jamais volé personne , il ne faut pas commencer par moi. {,11 vevt mettre le portrait dans sa poche.)

Ros. Rends-moi ce portrait , mon ami ; le peintre m'a demandé d'y retoucher encore; c'est l'affaire d'un moment. Si tu veux venir avec moi , tu l'emporteras de suite.

Arleq. lui rend le portrait. Non , il faut que je m'en aille, car mon ' mattre m'attend pour que je lui rende ses clefs. Nous avons eu une querelle ensemble : il m'a refusié la permission de me marier ; Je lui ai dit qu'il n'avait qu'à chercher un autre domestique. Il s'est emporté , et m'a mis à la porte sans me payer mes gages.

Ros. Sois tranquille , je suis riche, et demain ma fortune et ma main seront à toi. Va finhr tes affaires, et reviens chercher ce portrait avant la nuit

ABLBQ. Je n'y manquerai pas. Ce qui me fâche le plus de la colère de moh maître , c'est que je comptais lui donner à ma place mon frère jumeau qui est en Italie. Je lui ai écrit, dans cette intention , de venir tout de suite me joindre à Paris. Il arrivera un de ces matins, et je ne saurai comment le placer.

Ros- Nous aurons soin de lui , ne t'en inquiète pas.

Ablbo. Oh ! je suis bien sûr que mon frère te plaira; il est charmant, toujours gai, toujours de bonne humeur; et pui^ nous nous ressemblons si parfaitement, qu'il est très-difficile de nous distinguer. Tout bien réfléchi , je suis bien aise qu'il ne soit pas encore arrivé ; car tu aurais fort bien pu l'épouser à ma place, sans t'en douter.

Ros. Oh! que non, mon ami : celui qu'on aime n'a point de Jumeau. Mais tu oublies que ton maitre t'attend.

Ablbq. a propos, sûrement il m'attend : il faut que je m'en aille. Adieu, ma bonne amie. Tâche de faire dépêcher ce peintre . (Il s*en va.)

KOS. Oui , oui ; adieu.

Ai

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