‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 30 sur 319 · LES DEUX CHATS · texte numérisé non relu

LES DEUX CHATS

Deux chats qui descendaient da fameux Hodilard , Et dignes tous les deux de leur noble origine y Différaient d'embonpoint : Tun était gras à lard,

Cétait l'aîné ; sous son hermine ,

D'un chanoine il avait la mine , Tant il était dodu , potelé , frais et beau :

Le cadet n'avait que la peau

Collée à sa tranchante épine.

Cependant ce cadet, du matin jusqu'au soir, De la cave à la gouttière

Trottait, courait, il fallait voir !

Sans en faire meilleure chère.

ïlnfin, un jour, au désespoir,

Il tmt ce discours à son frère :

« Explique-moi par quel moyen ,

Passant ta vie à ne rien faire, Moi travaillant toujours , on te nourrit si bien ,

Et moi si mal. — La chose est claire. Lui répondit l'aîné : tu cours tout le logis , Pour manger rarement quelque maigre souris. — N'est-ce pas mon devoir? — D'accord , cela peut étw :

Mais moi je reste auprès du maître ,

Je sais l'amuser par mes tours.

Admis à ses repas sans qu'il me réprimande , Je prends de bons morceaux, et puis je les demande

En faisant patte de velours ;

Tandis que toi , pauvre imbécile ,

Tu ne sais rien que le servir.

Va , le secret de réussir ,

C'est d'être adroit, non d'être utile.

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