FABLE V, LE CONQUÉRANT ET LA PAUVRC FEMME
Rois , vous aimez la gloire, elle est faite pour tous. 11 ne s*agit que de la bien connaître :
Soyez ce que vous devez être ; Elle va vous offrir ce qu'elle a de plus doux. Mais que devez«vous être? et qu'est-ce qu'un monarque? C'est plutôt on pasteur qu'un maître du troupeau; C'est le nocher qui gouverne la barque.
Non le possesseur du vaisseau.
Votre empire s'étend du couchant a l'aurore..
Cent peuples suivent votre loi :
Vous n'êtes que puissant encore :
Gouvernez bien ; vous voilà roi.
Le fameux vainqueur de l'Asie < N'était pas roi : c'était un voyageur armé ,
Qui , pour passer sa fantaisie , Voulut voir en courant l'univers alarmé. De bonne heure Aristote * aurait dû le convaincre Qu'au bien de ses États un roi doit se donner.
11 perdu tout son temps à vaincre ,
Et n'en eut pas pour gouverner.
Un monarque persan, de eonquâte en conquête ,
Voyait tous ses voisina domptés ;
Vingt couronnes ceignaient sa tète , Et sous ses lois coulaient cent fleuves bien comptés.
Il usait bien de ses victoires , Et voulait que partout la justice fleurît : Il écoutait les gens, fl lisait leurs mémoires; L'innocent triomphait, l'injuste était proscrit.
I Alexandre.
> Précepteur d'Alejuindre.
Sur ciBtte bonne renommée ,
Des bornes de son vaste État ,
Une vieille femme, opprimée, Vint apporter sa plainte aux pieds du potentat.
Sire , par le droit de la guerre , Ma fille et moi nous sommes vos vassaux : On Fa déshonorée, on a pillé ma tarre; Sous un bon roi doit-on soufifrir ees maux ?
Cest vous, sire, que je réclame.
Que je vous plains , ma pauvre femme ! Dit le prince : je veille à maintenir les lois ;
Mais de si loin que puis-je faire?
Puis-je songer à tout? Fastre qui nous éolâre
Éclaire-t-il tout le monde à la fois?
il n'est pas étonnant que, si loin de mon trône.
Mes bons ordres soient mal suivis.
£h ! pourquoi donc , seigneur, répondit la matrone , Ne pouvant nous régir, nous avez-vous conquis?
FABLE VI