‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 310 sur 319 · LES AMIS TROP D'ACCORD · texte numérisé non relu

LES AMIS TROP D'ACCORD

Il était quatre amis qu'assortit la Fortune,

Gens de goût et d'esprit divers.

L'un était pour la blonde , et l'autre pour la brune ; Un autre aimait la prose , et celui-là les vers. L'un prenait-il l'endroit , l'autre prenait Tenvers.

Comme toijyours quelque dispute

Assaisonnait leur entretien ,

Un jour on s'échauffa si bien , Que l'entretien devint presque une lutte. Les poumons l'emportaient; raison n'y faisait rien.

Messieurs , dit l'un d'eux , quand on s'aime , Qu'il serait doux d'avoir même goût , mêmes yeux !

Si noils sentions , si nous pensions de même , Nous nous aimons beaucoup , nous nous aimon<His mieux. Chacun étourdiment fut d'avis du problème , Et Ton se proposa d'aller prier les dieux De faire en eux ce changement extrême.

Us vont au temple d'Apollon

Présenter leur humble requête ;

Et le dieu sur-le-champ , dit-on ,

Des quatre ne fit qu'une tête :

Cest-à-dire qu'il leur donna Sentiments tout pareils et pareilles pensées ;

L'un comme l'autre raisonna.

Bon , direot-ils , voilà les disputes chassées. Oui y mais aussi voilà tout charme évanoui :

Plus d'entretien qui les amuse.

FLOKIAN. 46

Jadis certain marcband d'ivoire , Pour amasser de ces os précieux ,

S'en allait avant la nuit noire

Se mettre à Taffût dans les lieux

Où les éléphants venaient boire.

Là, d'un arbre élevé notre chasseur lançait,

Sans relâche , flèdie sur flèche :

Quelqu'une entre autres faisait brèche,

Et quelque éléphant trépassait.

Quand le jour éloignait la troupe éléphantine

L'homme héritait des dents du mort.

C'est sur ee gain que roulait sa cuisine ; Et chaque soir il tentait même sort.

Une fois .donc qu'il attendait sa proie , Grand nombre d'éléphants de loin se firent voir.

Cet objet fut d'abord sa joie ,

Bientôt ce fut son désespoir.

Avec une clameur tonnante Tout ce peuple colosse accourut à l'archer. Environne son arbre , où , saisi d'épouvante , Il maudit mille fois ce qu'il venait chercher. Le chef des éléphants , d'un seul coup de sa trompe,

Met l'arbre et le chasseur à bas; Prend l'homme sur son dos , le mène en grande pompe Sur une ample collme où l'ivoire est à tas. Tiens, lui dit*il ^ c'est notre cimetière ; Voilà des dents pour toi, pour tes voisins :

Romps ta machine meurtrière,

Et va remplir tes laagaôns.

Tu ne cherchais qu'à nous détruire ;

Au lieu de te détruire aussi , Nous t'ôtons seulement l'intérêt de nous nuire.

Le sage doit tâcher de se venger ainsi.

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