LES AMIS TROP D'ACCORD
Il était quatre amis qu'assortit la Fortune,
Gens de goût et d'esprit divers.
L'un était pour la blonde , et l'autre pour la brune ; Un autre aimait la prose , et celui-là les vers. L'un prenait-il l'endroit , l'autre prenait Tenvers.
Comme toijyours quelque dispute
Assaisonnait leur entretien ,
Un jour on s'échauffa si bien , Que l'entretien devint presque une lutte. Les poumons l'emportaient; raison n'y faisait rien.
Messieurs , dit l'un d'eux , quand on s'aime , Qu'il serait doux d'avoir même goût , mêmes yeux !
Si noils sentions , si nous pensions de même , Nous nous aimons beaucoup , nous nous aimon<His mieux. Chacun étourdiment fut d'avis du problème , Et Ton se proposa d'aller prier les dieux De faire en eux ce changement extrême.
Us vont au temple d'Apollon
Présenter leur humble requête ;
Et le dieu sur-le-champ , dit-on ,
Des quatre ne fit qu'une tête :
Cest-à-dire qu'il leur donna Sentiments tout pareils et pareilles pensées ;
L'un comme l'autre raisonna.
Bon , direot-ils , voilà les disputes chassées. Oui y mais aussi voilà tout charme évanoui :
Plus d'entretien qui les amuse.
FLOKIAN. 46
Jadis certain marcband d'ivoire , Pour amasser de ces os précieux ,
S'en allait avant la nuit noire
Se mettre à Taffût dans les lieux
Où les éléphants venaient boire.
Là, d'un arbre élevé notre chasseur lançait,
Sans relâche , flèdie sur flèche :
Quelqu'une entre autres faisait brèche,
Et quelque éléphant trépassait.
Quand le jour éloignait la troupe éléphantine
L'homme héritait des dents du mort.
C'est sur ee gain que roulait sa cuisine ; Et chaque soir il tentait même sort.
Une fois .donc qu'il attendait sa proie , Grand nombre d'éléphants de loin se firent voir.
Cet objet fut d'abord sa joie ,
Bientôt ce fut son désespoir.
Avec une clameur tonnante Tout ce peuple colosse accourut à l'archer. Environne son arbre , où , saisi d'épouvante , Il maudit mille fois ce qu'il venait chercher. Le chef des éléphants , d'un seul coup de sa trompe,
Met l'arbre et le chasseur à bas; Prend l'homme sur son dos , le mène en grande pompe Sur une ample collme où l'ivoire est à tas. Tiens, lui dit*il ^ c'est notre cimetière ; Voilà des dents pour toi, pour tes voisins :
Romps ta machine meurtrière,
Et va remplir tes laagaôns.
Tu ne cherchais qu'à nous détruire ;
Au lieu de te détruire aussi , Nous t'ôtons seulement l'intérêt de nous nuire.
Le sage doit tâcher de se venger ainsi.