FABLE VIL LE FROMAGE
Deux chats avaient pris un fromage , Et tous deux à Faubaine avaient un droit égal.
Dispute entre eux pour le partage.
Qui le fera ? Nul n*est assez loyal.
Beaucoup de gourmandise et peu de conscience ; Témoin leur propre fait, le fromage volé.
Ils veulent donc qu'à Taudience Dame Justice entre eux vide le démêlé.
Un singe, maître clerc du bailli du village ,
Et que pour lui-même on prenait Quand il mettait parfois sa robe et son bonnet , Parut à nos deux chats tout un aréopage. Par-devant dom Bertrand le fromage est porté.
Bertrand s'assied, prend la balance,
Tousse , crache , impose silence ,
Fait deux parts avec gravité , En charge les bassins ; puis cherchant TéquilSbre ,
Pesons , dit-il , d'un esprit libre, D'une main circonspecte ; et vive l'équité ! Çà , celle*ci déjà me parait trop pesante. Il en mange un morceau. L'autre pèse à son tour ; Nouveau morceau mangé par raison du plus lourd. Un des bassins n'a plus qu'une légère pente. Bon ! nous voilà contents ; donnez , disent les chats. Si TOUS êtes contents , Justice ne l'est pas ,
Lemr dit Bertrand. Race ignorante ,
Croyez-Tous donc qu'on se contente De passer, comme vous, les choses au gros sas? Et, ce disant, monseigneur se tourmente
A manger toujours l'excédant, Par équité toujours donne sou coup de dent; De scrupule en scrupule avançait le fromage*
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Nos plaideurs enfin , las des frais , Veulent le reste sans partage.
Tout beau ! leur dit Bertrand ; soyez hors de procès ; Mais le reste , messieurs , m'appartient comme épice. A nous autres aussi nous nous devons justice. Allez en paix , et rendez grâce aux dieux.
Le bailli n*eût pas jugé mieux.
FABLE VIII