‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 314 sur 319 · LES GRILLONS · texte numérisé non relu

LES GRILLONS

Deux grillons « bourgeois d*une ville ,

Avaient élu pour domicile .

D'un magistrat le spacieux palais.

Hôtes du même lieu , sans pourtant se connaître , L*un logeait en seigneur au cabinet du maître, L'autre dans l'antichambre habitait en laquais. Un jour Jasmin Grillon sort de sa cheminée , Trotte de chambre en chambre, et, faisant sa tournée, Arrive au cabinet , entend l'autre grillon. Bonjour, frère, dit*iL Bonjojar, réjff>ndit l'autre.

Votre serviteur. Moi le vôtre.

Mettez-vous là , dit l'un. L'autre , Point de façon ; Traitez-moi comme ami ; je suis de la maison. .Te vis dans l'antichambre , où de mainte partie

MoQsôgnenr reçoit les placets :

Qu'il est sage , et qu'il m'édi&e !

Désintéressement , équité , modestie , Il a tout : c'est plaisir que d'avoir des procès. Bon droit, avec tel juge, est bien sûr du succès. Tu te trompes , l'ami ; ce n'est pas là mon maître , Dit messire Grillon. Je le connais bien mieux. Toi , tu le prends là-bas pour ce qu'il veut paraître ; Ici je le vois tel que le sort l'a fait naître. Pour les riches , des mains ; pour les belles , des yeux ; Pour les puissants, égards-et tours offîcieux ;

Voilà tout le code du traître.

N'en sois donc plus la dupe ; et laisse le commun S'abuser à la mascarade.

Ne confondons rien 9 camarade.

Distinguons deux hommes en un :

L'homme secret, et l'homme de parade.

FABLE IX

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