‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 33 sur 319 · LE CHATEAU DE CARTES · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE CARTES

Un bon mari, sa femme, et deux jolis enfants, Coulaient en paix leurs jours dans le simple ermitage Où , paisibles comme eux , vécurent leurs parents. Ces époux, partageant les doux soins du ménage , Cultivaient leur jardin, recueillaient leurs moissons; £t le soir, dans l'été soupant sous le feuillage ,

Dans l'hiver devant leurs tisons, Ils prêchaient à leurs fils la vertu, la sagesse; Leur parlaient du bonheur qu'ils procurent toujours. Le père par un conte égayait ses discours ,

La mère par une caresse.

L'atué de ces enfants , né grave, studieux.

LIVBE II. S9

Lisait et méditait sans cesse ; Le cadet, vif, léger, mais plein de gentillesse, Sautait, riait toujours, ne se plaisait qu*aux jeux. Un soir, selon Tusage, à côté de leur père , Assis près d^une table où s*appuyait la mère, L'atné lisait Rollin : le cadet, peu soigneux D'apprendre les hauts iaits des Romains ou des Parthes, Employait tout son art , toutes ses facultés, A joindre, à soutenir par les quatre côtés

Un fragOe château de cartes.

Il n*en respirait pas d'attention , de peur.

Tout à coup voici le lecteur Qui sMnterrompt : Papa , dit-il , daigne m'instruire Pourquoi certains guerriers sont nommés conquérants.

Et d'autres fondateurs d'empire :

Ces deux noms sont-ils différents?

Le père méditait une réponse sage , Lorsque son fils cadet, transporté de plaisir, Après tant dé travail , d'avoir pu parvenir

A placer son second étage , S'écrie : Il est fini ! Son frère , murmurant , Se fâche , et d^un seul coup détruit son long ouvrage ;

Et voilà le cadet pleurant.

Mon fils, répond alors le père ,

Le fondateur c'est votre frère.

Et vous êtes le conquérant.

FABLE XIH.

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