‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 38 sur 319 · LA JEUNE POULE ET LE VIEUX RENARD · texte numérisé non relu

LA JEUNE POULE ET LE VIEUX RENARD

Une poulette jeune et sans expérience.

En trottant , cloquetant , grattant ,

Se trouva, je ne sais comment , Fort loin du poulailler, berceau de son enfance. Elle s'en aperçut, qu'il était déjà tard. Comme elle y retournait , Toici qu'un vieux renard

A ses yeux troublés se présente.

La pauvre poulette tremblante

Recommanda son âme à Dieu.

Mais le renard , s'approchant d'elle ,

Lui dit : Hélas ! mademoiselle ,

Votre frayeur m'étonne peu ;

C'est la faute de mes confrères, Gens de sac et de corde , infâmes ravisseurs ,

Dont les appétits sanguinaires

Ont rempli la terre d*horreurs.

Je ne puis les changer, mais du moins je travaille

A préserver par mes conseils

L'innocente et faible volaille

Des attentats de mes pareils.

Je ne me trouve heureux qu'en me rendant utile ; Et j'allais, de ce pas, jusque dans votre asile Pour avertir vos sœurs qu'il court un mauvais bruit : C'est qu'un certain renard , méchant autant qu'habile,

Doit vous attaquer cette nuit.

Je viens veiller pour vous. La crédule innocente

Vers le poulailler le conduit.

A peine est-il dans ce réduit , Qu'il tue, étrangle, égorge, et sa griffe sanglante Entasse les mourants sur la terre étendus , Comme fit Diomède au quartier de Rhésus.

Il croqua tout, grandes , petites , Coqs , poulets et chapons ; tout périt sous ses dents.

La pire espèce de méchants Est celle des vieux hypocrites.

FABLE XVIII

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