‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 4 sur 319 · LE ROI ET LES DEUX BERGERS · texte numérisé non relu

LE ROI ET LES DEUX BERGERS

Certain monarque un jour déplorait sa misère ,

Et se lamentait d'être roi :

Quel pénible métier ! disait-il ; sur la terre Est-il un seul mortel contredit comme moi ? Je voudrais vivre en paix, on me force à la guerre; Je chéris mes sujets, et je mets des impôts; J'aime la vérité, l'on me trompe sans cesse;

Mon peuple est accablé de maux.

Je suis consumé de tristesse :

Partout je cherche des avis , Je prends tous les moyens, inutile est ma peine ,

Plus j'en fais , moins je réussis.

Notre monarque alors aperçoit dans la plaine Un troupeau de moutons maigres , de près tondus , Les brebis sans agneaux , des agneaux sans leurs mères.

Dispersés , bêlants , éperdus, Et des béliers sans force errant dans les bruyères. Leur conducteur Guillol allait, venait, courait,

Tantôt à ce mouton qai gagne la forêt , Tantôt à cet agneau qui demeure derrière,

Puis à sa brebis la plus chère ;

£t tandis qu'il est d'un côté Un loup prend un mouton, qu'il emporte bien vite.

Le berger court; l'agneau qu'il quitte

Par une louve est emporté.

Guillot tout haletant s'arrête , S'arrache les cheveux , ne sait plus où courir.

Et, de son poing frappant sa tête,

Il demande au ciel de mourir.

Voilà bien ma fidèle image !

S'écria le monarque ; et les pauvres bergers , Comme nous autres rois , entourés de dangers ,

N'ont pas un plus doux esclavage : Cela console un peu. Comme il disait ces mots, Il découvre en un pré le plus beau des troupeaux , Des moutons gras , nombreux , pouvant marciier à peine,

Tant leur riche toison les gêne ; Des béliers grands et fiers , tous en ordre paissants ; Des brebis fléchissant sous le poids de la laine ,

Et de qui la mamelle pleine Fait accourir de loin les agneaux bondissants. Leur berger, mollement étendu sous un hêtre.

Faisant des vers pour son Iris , Les chantait doucement aux échos attendris, Et puis répétait l'air sur son hautbois champêtre. Le roi , tout étonné , disait ; Ce beau troupeau Sera bientôt détruit; les loups ne craignent guère Les pasteurs amoureux qui chantent leur bergère ; On les écarte mal avec un chalumeau.

Ah ! comme je rirais!... Dans l'instant le loup passe,

Comme pour lui faire plaisir ; Mais à peûie il paraît , que , prompt à le saisir,

Un chien s'élance, et le terrasse.

Au bruit qu'ils font en combattant ,

LIVI&E T. 15

. Deux moutons effrayés s'écartent dans la plaine :

Un autre chien part , les ramène , Et pour rétablir Tordre il suffît d'un instant. Le berger voyait tout, couché dessus Fherbette,

Et ne quittait pas sa musette.

Alors le roi, presque en courroux , Lui dit : Gomment fais-tu? Les bois sont pleins de loups , Tes moutons , gras et beaux , sont au nombre de mille ,

Et , sans en être moins tranquille , Dans cet heureux étal toi seul tu les maintiens! Sire, dit le bei^er, la chose est fort facile : Tout mon secret consiste à choisir de bons chiens.

FABLE IV

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