‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 42 sur 319 · LES SINGES ET LE LÉOPARD · texte numérisé non relu

LES SINGES ET LE LÉOPARD

Des singes dans un bois jouaient à la main chaude ;

Certaine guenon moricaude , Assise gravement, tenait sur ses genoux La tête de celui qui, courbant son échine ,

Sur sa main recevait les coups.

On frappait fort, et puis devine!

Il ne devinait point; c'était alors des ris.

Des sauts , des gambades , des cris.

Attiré par le bruit du fond de sa tanière , Un jeune léopard , prince assez débonnaire , Se présente au milieu de nos singes joyeux. ^ Tout tremble à son aspect. Continuez vos jeui , Leur dit le léopard , je n'en veux à personne :

Rassurez-vous, j'ai l'âme bonne ; Et je viens même ici, comme particulier,

A vos plaisirs m'associer.

Jouons , je suis de la partie.

Ah ! monseigneur, queJle bonté !

Quoi ! votre altesse veut , quittant sa dignité, Descendre jusqu'à nous ? — Oui , c'est ma fantaisie. Mon altesse eut toujours de la philosophie ,

Et sait que tous les animaux Sont égaux.

.Jouons donc, mes amis; jouons , je vous en prie. Les singes, enchantés, crurent à ce discours,

Comme Ton y croira toujours.

Toute la troupe joviale Se remet à jouer : l'un d'entre eux tend la main ;

Le léopard frappe , et soudain On voit couler du sang sous la griffe royale. Le singe cette fois devina qui frappait;

Mais il s'en alla sans le dire.

Ses compagnons faisaient semblant de rire ,

Et le léopard seul riait.

Bientôt chacun s'excuse, et s'échappe à la hâte.

En se disant entre leurs dents :

Ne jouons point avec les grands ; * Le plus doux a toujours des griffes à la patte.

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FABLE II

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