‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 43 sur 319 · L'INONDATION · texte numérisé non relu

L'INONDATION

Des laboureurs vivaient paisibles et contents

Dans un ricbe et nombreux village ; Dès Taurore ils allaient travailler à leui^ champs.

Le soir, ils revenaient chantants

Au sein d'un tranquille ménage;

Et la nature bonne et sage , Pour prix de leurs travaux , leur donnait tous les ans

De beaux blés et de beaux enfants.

Mais il faut bien souffrir, c'est notre destinée :

Or il arriva qu'une année ,

Dans le mois où le blond Phébus S'en va fsdre visite au brûlant Sirius,

La terre , de sucs épuisée ,

Ouvrant de toutes parts son sein ,

Haletait sous un ciel d'airain :

Point de pluie, et point de rosée.

Sur un sol crevassé l'on voit noircir le grain ; Les épis sont brûlés , et leurs têtes penchées

Tombent sur leurs tiges séchées.

On trembla de mourir de faim.

La commune s'assemble : en hâte on délibère :

Et chacun , comme à l'ordinaire ,

Parle beaucoup , et rien ne dit.

Enfin quelques vieillards , gens de sens et d'esprit ,

Proposèrent un parti sage :

Mes amis, dirent-ils, d'ici vous pouvez voir

Ce mont peu distant du village :

Là se trouve un grand lac , immense réservoir Des souterraines eaux qui s'y font im passage. Allez saigner ce lac; mais sachez ménager

Un petit nombre de saignées,

FLOBIAN.

Afin qu'à votre gré vous puissiez diriger

Ces bienfaisantes eaux dans vos terres baignées.

Juste quand il faudra nous les arrêterons.

Prenez bien garde au moins ! . . . Oui ! oui, courons, cornons,

S*écrie aussitôt rassemblée.

Et voilà mille jeunes gens Armés d'boyaux , de pics , et d'autres instruments , Qui volent vers le lac. La terre est travaillée Tout autour de ses bords ; on perce en cent endroits

A la fois :

D'un morceau de terrain chaque ouvrier se charge :

Courage , allons I point de repos !

L'ouverture jamais ne peut être assez large. Cela fut bientôt fait. Avant la nuit , les eaux , Tombant de tout leur poids sur leur digue affoiblie ,

De partout roulent à grands flots. Transports et compliments de la troupe ébahie ,

Qui s'admire dans ses travaux.

Le lendemain matin , ce ne fut pas de même : On yoit flotter les blés sur un océan d'eau, Pour sortû* du village il faut prendre un bateau ; Tout est perdu, noyé. La douleur est extrême, On s'en prend aux vieillards. Cest vous, leur disait-on.

Qui nous coûtez notre moisson ; Votre maudit conseil... Il était salutaire. Répondit un d'entre eux ; mais ce qu'on vient de faire Est fort loin du conseil comme de la raison. Tïous voulions un peu d'eau, vous nous lâchez la bonde; L'excès d'un très-grand bien devient un mal très-grand :

Le sage arrose doucement.

L'insensé tout de suite inonde.

LITHB III. 7S

FABLE III

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