LE ROSSIGNOL ET LE PAON
L'aimable et tendre Phîlomèle , Voyant commencer les beaux jours , Racontait à l'écho fidèle Et ses malheurs et ses amours.
Le plus beau paon du voisinage , Maître et sultan de ce canton , Élevant la tête et le ton , Vint interrompre sou ramage.
C'est bien à toi , chantre ennuyeux , Avec un si triste plumage.
Et ce long bec , et ces gros yeux , De vouloir charmer ce bocage !
A la beauté seule il va bien D'oser célébrer la tendresse :
De quel droit chantes-tu sans cesse?
Moi qui suis beau , je ne dis rien
Pardon , répondit Philomèle :
II est vrai, je ne suis pas belle; Et si je chante dans ce bois , Je n'ai de titre que ma voix.
Mais vous, dont la noble arrogance M'ordonne de parler plus bas, Vous vous taisez par impuissance .
Et n'avez que vos seuls appas.
Us doivent éblouir sans doute :
Est-ce assez pour se faire aimer.'
Allez, puisqu' Amour n'y voit goutte,
C'est l'oreille qu'il faut charmer.
FABLE VI
HERCULB AU GI£L.
Lorsque le fils d'Alcmène, après ses longs travaux, Fut reçu dans le ciel, tous les dieux s^empressèrent De venir au-devant de ce fameux héros.
Mars , Minerve , Vénus , tendrem^t Tembrassèrent; Junon même lui fit un accueil assez doux. Hercule , transporté , les remerciait tous , Quand Plutus , qui voulait être aussi de la fête , Vint d*un air insolent lui présenter la main. Le héros , irrité , passe en tournant la tête.
Mon fils, lui dit alors Jupîn ^ Que fa donc fait ce dieu ? D*où vient que la colère,
A. son aspect, trouble tes sens?
— Cest que je le connais , mon père;
£t presque toujours, sur la terre ,
Je Tai vu l'ami des méchants.
FABLE VIL