‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 54 sur 319 · LE RENARD QUI PRÊCHE · texte numérisé non relu

LE RENARD QUI PRÊCHE

Un vieux renard cassé, goutteux , apoplectique ,

Mais instruit, éloquent, disert,

Et sachant très-bien sa logique,

Se mit à prêcher au désert.

Son style était fleuri , sa morale excellente. Il prouvait en trois points que la simplicité,

Les bonnes mœurs , la probité ,

Donnent à peu de frais cette félicité

Qu*un monde imposteur nous présente, Et nous fait payer cher sans la donner jamais. Notre prédicateur n'avait aucun succès; Personne ne venait, hors cinq ou six marmottes ,

Ou bien quelques biches dévotes Qui vivaient loin du bruit, sans entour , sans faveur , Et ne pouvaient pas mettre en crédit l'orateur. Il prit le bon parti de changer de matière , Prêcha contre les ours, les tigres, les lions,

Contre leurs appétits gloutons,

Leur soif, leur rage sanguinanre.

Tout le monde accoarut alors à ses sermons ; Cerfs, gazelles , chevreuils, y trouvaient mille charmes; L'auditoire sortait toujours baigné de larmes , Et le nom du renard devint bientôt fameux.

Un lion , roi de la contrée , Bon homme au demeurant, et vieillard fort pieux,

De l'entendre fut curieux.

Le renard fut charmé de faire son entrée A la cour : il arrive, il prêche, et cette fois. Se surpassant lui-même , il tonne , il épouvante

Les féroces tyrans des bois; Peint la faible innocence à leur aspect tremblante. Implorant chaque jour la justice trop lente

Du maître et' du juge des rois.

Les courtisans , surpris de tant de hardiesse.

Se regardaient sans dire rien ;

Car le roi trouvait cela bien.

La nouveauté parfois fait aimer la rudesse. Au sortir du sermon, le monarque enchanté Fit venir le renard : Vous avez su me plaire, Lui dit-il; vous m'avez montré la vérité :

Je vous dois un juste salaire.

Que me demandez-vous pour prix de vos le4^ons .* Le renard répondit : Sire , quelques dindons.

Page 1