‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 66 sur 319 · LE PACHA ET LE DERVIS · texte numérisé non relu

LE PACHA ET LE DERVIS

Un Arabe , à Marseille , autrefois m'a conté Qu'un pacha turc dans sa patrie

Vint porter certain jour un coffret cacheté

Au plus sage dervis qui fût en Arabie.

Ce coffret, lui dit-il , renferme des rubis , Des diamants d'un très-grand prix :

C'est un présent que je veux faire

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' A l'homme que tu jugeras

Être le plus fou de la terre.

Cherche bien, tu le trouveras.

Muni de sou cofi&et , notre bon solitaire S'en va courir le monde. Avait-il donc besoin

D'aller loin?

L'embarras de choisir était sa grande affaire : Des fous toujours plus fous venaient de toutes parts

Se présenter à ses regards.

Notre pauvre dépositaire Pour l'offrir à chacun saisissait le coffret ;

Mais un pressentiment secret

Lui conseillait de n'en rien faire ,

L'assurait qu'il trouverait mieux.

Errant ainsi de lieux en lieux ,

Embarrassé de son message ,

Enfin , après un long voyage , Notre homme et le coffret arrivent un matin

Dans la ville de Constantin.

Il trouve tout le peuple en joie :

Que s'est-il donc passé? Rien , lui dit un iman ; C'est notre grand vizir que le sultan envoie ,

Au moyen d'un lacet de soie ,

Porter au prophète un fîrman.

Le peuple rit toujours de ces sortes d'affaires ;

Et comme ce sont des misères, Notre empereur souvent lui doune ce plaisir. —Souvent ? — Oui . — C'est fort bien. Votre nouveau vizir Est-il nommé? — Sans doute, et le voilà qui passe. Le dervis, à ces mots , court, traverse la place , Arrive, et reconnaît le pacha son ami.

Bon ! te voilà I dit celui-ci :

Et le coffret ? — Seigneur, j'ai parcouru l'Asie : J'ai vu des fous parfaits, mais sans oser choisir.

Aiiyourd'hui ma course est finie :

Daignez l'accepter, grand vizir.

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FABLE VIII

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