LA CARPE ET LES CARPILLONS
Prenez garde , mes fils , côtoyez moins le bord ,
Suivez le fond de la rivière ;
Craignez la ligne meurtrière , Ou l'épervier plus dangereux encor.
C'est ainsi que parlait une carpe de Seine A de jeunes poissons qui l'écoutaient à peine. C'était au mois d'avril : les neiges, les glaçons , Fondus par les zéphyrs , descendaient des montagnes ; Le fleuv« , enflé par eux, s'élève à gros bouillons.
Et déborde dans les campagnes.
Ah ! ah ! criaient les carpillons ,
Qu'en dis-tu, carpe radoteuse?
Crains-tu pour nous les hameçons?
Nous voilà citoyens de la mer orageuse ; Regarde : on ne voit plus que les eaux et le ciel ,
Les arbres sont cachés sous l'onde ;
Nous sommes les maîtres du monde :
C'est le déluge universel.
Ne croyez pas cela , répond la vieille mère; Pour que l'eau se retire il ne faut qu'un instant : Ne vous éloignez point , et » de peur d'accident ,