‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 6 sur 319 · LES SERINS ET LE CHARDONNERET · texte numérisé non relu

LES SERINS ET LE CHARDONNERET

Un amateur d'oiseaux avait, en grand secret.

Parmi les œufs d'une serine

Glissé Tœuf d'un chardonneret.

La mère des serins , bien plus tendre que fine , Ne s'en aperçut point, et couva comme sien

Cet œuf, qui dans peu vint à bien.

Le petit étranger , sorti de sa coquille, Des deux époux trompés reçoit les tendres soins ,

Par eux traité ni plus ni moins

Que s'il étaitdelafahiille.

Couché dans le duvet, il dort le long du jour A côté d^ serins dont il se cix)it le frère ,

Reçoit la becquée à son tour, Et repose la nuit sous l'aile de la mère. Chaque oisillon grandit, et, devenant oiseau.

D'un brillant plumage s'habille; Le chardonneret seul ne devient point jonquille , Et ne s'en croit pas moins des serins le plus beau.

Ses frères pensent tout de même :

Douce erreur qui toujours fait voir l'objet qu'on aime

Ressemblant à nous trait pour trait !

Jaloux de son bonheur, un vieux chardonneret Vient lui dire : Il est temps enûn de vous connaître : Ceux pour qui vous avez de si doux sentiments

Ne sont point du tout vos parents.

Cest d'un chardonneret que le sort vous fit naître ; Vous ne fûtes jamais serin : regardez-vous , Vous avez le corps fauve et la tête écarlate , Le bec... Oui, dit l'oiseau ; j'ai ce qu'il vous plaira :

Mais je n'ai point une âme ingrate,

Et mon cœui toujours chérira

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Ceux qui soignèrent mon enfance. Si mon plumage au leur ne ressemble pas bien, J'en suis fâché ; mais leur cœur et le mien

Ont une grande ressemblance.

Vous prétendez prouver que je ne leur suis rien,

Leurs soins me prouvent le contraire :

Rien n'est vrai comme ce qu'on sent.

Pour un oiseau reconnaissant

Un bienfaiteur est plus qu'un père.

FABLE VL

LE CUâT et le miroir.

Philosophes hardis, qui passez votre vie A voulohr expliquer ce qu'on n'explique pas.

Daignez écouter, je vous prie.

Ce trait du plus sage des chats.

Sur une table de toilette

Ce chat aperçut un miroir , Il y saute , regarde, et d'abord pense voir

Un de ses frères qui le guette.

Notre chat veut le joindre , il se trouve arrêté. Surpris , il juge alors la glace transparente ,

£t passe de l'autre côté.

Ne trouve rien, revient; et le chat se présente. Il réfléchit un peu : de peur que l'animal ,

Tandis qu'il fait le tour, ne sorte.

Sur le haut du miroir il se met à cheval , Une patte par-ci, l'autre par-là ; de sorte

Qu'il puisse partout le saisir.

Alors, croyant bien le tenir, Doucement vers la glace il incline sa tête. Aperçoit une oreille , et puis deux... A l'instant ,

A droite , à gauche , il va jetant

ifi FABLES.

Sa griffe, qu'il tient toute prête :

Mais il perd l'équilibre', il tombe, et n'a rien pris.

Alors, sans davantage attendre.

Sans chercher plus longtemps ce qu'il ne peut comprendre, Il laisse le miroir, et retourne aux souris : Que m'importe, dit*il , de percer ce mystère?

Une chose que notre esprit , Après un long travail , n'entend ni ne saisit,

Ne nous est jamais nécessaire.

FABLE VII

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