LES DEUX LIONS
Sur les bords afncams, aux lieux inhabités Où le char du soleil roule en brûlant la terre,
LIVHB V. 13$
Deux énormes lions , de la soif tourmentéif Arrivèrent au pied d'un désert solitaire. Un filet d'eau (adulait, faible et dernier effort
De quelque naïade expirante.
Les deux lions courent d'abord
Au bruit de cette eau murmurante, lis pouvaient boire ensemble ; et la fraternité, Le besoin, leur donnaient ce conseil salutaire :
Mais l'orgueil disait le contraire,
Et l'orgueil fut seul écouté.
Chacun veut boire seul : d'un oeil plein de colère
L'un l'autre ils vont se mesurant , Hérissent de leur cou l'ondoyante cHnière ; De leur terrible queue ils se frappent les flancs, Et s'attaquent avec de tels rugissements. Qu'à ce bruit, dans le fond de leur sombre tanière. Les tigres d'alentour vont se cacher tremblants.
Égaux en vigueur, en courage, Ce combat fut plus long qu'aucun de ces combats Qui d'Achille ou d'Hector signalèrent la rage;
Car les dieux ne s'en m(!laieut pas.
Après une heure ou deux d'efforts et de morsures^ Nos héros fatigués, déohirés, haletants^
S'arrêtèrent en même temps.
Couverts de sang et de blessures ,
N'en pouvant plus , morts à demi» Se traînant sur le sable, à la source ils vont boire ; Mais, pendant le combat, la soturce avait tari, lis expirent auprès.
Vous lisez votre histoire»
Malheureux insensés , dont les divisions ,
L'orgueil , les fureurs , la folie , Consument en douleurs le moment de la vie ;
Hommes , vous êtes ces lions ;
Vos jours , c'est l'eau qui s'est tarie.
t26 VABLBS,
FABLE III