‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 92 sur 319 · LA TOURTERELLE ET LA FAUVETTE · texte numérisé non relu

LA TOURTERELLE ET LA FAUVETTE

Une fauvette, jeune et belle, S'amusait à chanter tant que durait le jour;

Sa voisine la tourterelle Ne voulait, ne savait rien faire que Tamour. Je plains bien votre erreur, dit-elle à la fauvette ;

Vous perdez vos plus beaux moments :

Il n'est qu'un seul plaisir, c'est d'avoir des amants. Dites-moi, s'il vous plaît, quelle est la chansonnette

Qui peut valoir un doux baiser?

Je me garderais bien d'oser Les comparer, r^ondit la chanteuse ;

Mais je ne suis point malheureuse :

Tai mis mon bonheur dans mes chants.

A ce discours, la tourterelle,

En se moquant, s'éloigna d'elle, Sans se revoir elles furent dix ans.

Après ce long espace, un beau jour de printemps. Dans la même forêt elles se rencontrèrent. L'âge avait bien un peu dérangé leurs attraits;

Longtemps elles se regardèrent.

Avant que de pouvoir se remettre leurs traits.

Enfin la fauvette polie S'avance la première : Eh ! bonjour, mon an)ieF Gomment vous portez-vous? Comment vontlçs amants?

— Ah ! ne m'en parlez pas, ma chère : J'ai tout perdu, plaisirs, amis, beaux ans : Tout a passé comme une ombre légère.

J'ai cru que le bonheur était d*9iiner, de plaire..^ O souveuir cruel là regrets superflus!

J*aime encore, on ne m'aime plus.

J*ai moins perdu que vous, répondit la chanteuse : Cependant je suis vieille et je n'ai plus de voix; Mais j'aime la musique, et suis encore heureuse ïiOrsque le rossignol fait retentir ces bois.

La beauté, ce présent céleste, Ne peut , sans les talents, échapper à Fennui :

La beauté passe, un talent reste;

On en jouit, même en autrui,

FABLE XIV

iE CHAPLATAN.

Sur le Pont-lSeuf, entouré de badauds^ Un charlatan criait à pleine tête :

Venez, messieurs, accourez faire emplette Pu grand remède à tous les maux !

C'est une poudre admirable Qui donne de l'esprit aux sots, \

De l'honneur aux fripons, l'innocence au coupable , |

Aux vieilles, femmes des amants, I

Au vieillard amoureux une jeune maîtresse, Aux fous le prix de la sagesse.

Et la science aux ignorants.

. Avec ma poudre, il n'est rien dans la vie

Dont bientôt on ne vienne à bout; Par elle on obtient tout, on sait tout, on fait tout:

C'est la grande encyclopédie.

Vite je m'approchai pour voir ce beau trésor... C'était un peu de poudre d'or.

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FABLE XV

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