NOTICE
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berceau , et le souvenir de sa perte répandit sur ses premières années cette mélancolie sans amertume qui est un des principaux caractères de son talent. Ce qui donne à la lecture de Florian un charme particulier, c’est qu’elle nous ramène souvent à luimême ; c’est qu’il n’a oublié ni ses montagnes, ni son Gardon ♦, ni le figuier et l’acacia qui en bordent les rivages, ni sa mère qu’il n’a presque pas vue et qu’il a toujours aimée. Ce qui nous frappe, avant tout, dans les ouvrages d’esprit, c’est l’homme qui s’y révèle. Retirez l’homme de la poésie , et je connais des gens qui feront bon marché du poète.
Une autre affection de Florian, ce fut son aïeul, homme sage et doux , que la tradition nous représente sous des traits assez pareils à ceux du vieillard de Virgile. Les enfants qui ont quelque temps vécu sous les yeux d’un grand-père qui les aime ont ordinairement de grandes obligations à sa mémoire. Us ont contracté dans son entretien des idées sérieuses qui les disposent à devenir hommes , et des idées bienveillantes qui les rendent dignes de se faire aimer à leur tour; car la bienveillance est la vertu des vieillards qui n’ont pas perdu leur vie.
A treize ans Florian était entré comme page chez M. le duc de Penthièvre; c’était peut-être alors le seul palais en France où l’éducation d’un jeune gentilhomme eût quelque chose à gagner. Il s’en exhalait un parfum de vertu que la calomnie n’osa jamais corrompre, et qui protégea ce bon prince contre la révolution elle-même. Elle le laissa mourir de ses regrets et de sa douleur, parce qu’elle n’osa le tuer.
Tant de circonstances heureusement réunies devaient agir d’une manière avantageuse sur les développements d’une heureuse organisation , plus délicate que forte et plus tendre que puissante, où l’instinct de la vertu pouvait du moins jus-
SUR FLORIAN
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qu’à un certain point suppléer à son énergie. Nous ne comptons pas dans ce nombre le hasard qui avait donné Florian pour allié à Voltaire, par le mariage de son oncle, M. d’Hornoy , avec la nièce de ce grand homme. Cette parenté fort équivoque , ou , pour mieux dire , tout à fait imaginaire , n’exerça qu’une influence bien faible sur la destinée littéraire du jeune écrivain, qui n'avait reçu ni de la nature ni de l’éducation les qualités négatives d’un philosophe égoïste et athée. Le grand-lama de Ferney ne l’appela presque jamais que Florianet, diminutif caractéristique et spirituel ^ qui exprime assez bien la portée du génie de Florian, et qui aurait l’air d’un horoscope s’il n’avait pas fait ses fables.
Dans le style de ses ouvrages, Florian ne s’élève guère audessus de cette médiocrité élégante et polie qui a , d’ordinaire, tous les succès du talent , parce qu’elle offre peu de prise à la critique sérieuse, et qu’elle s’approprie merveilleusement aux besoins intellectuels de la haute société , des femmes et de la cour. Son style habituel n’est ni flasque ni languissant , mais il a cette mollesse qu’on appelle volontiers de la douceur. Sa période, correcte et nombreuse d’ailleurs, tombe à l’oreille avec quelque grâce , mais il est extrêmement rare qu’elle laisse quelque idée saisissante à l’esprit. Elle ne prend pas l’âme de haute lutte; elle ne s’introduit pas toute armée dans la pensée; elle s’y insinue sans effort, et de sa propre nature, comme la goutte d’eau dans le filtre. Il serait plus vrai de dire qu’elle s’y glisse. On le lit sans travail , et non pas sans plaisir, parce que l’idée n’a, dans ses écrits, aucune de ces aspérités qui blessent, aucune de ces étrangetés qui repoussent; rien de pénétrant, peut-être, mais rien d’aigu, rien de tranchant, rien d’anguleux. Ce qui la distingue , c’est une redondance calculée qui en rend l’intelligence plus facile , et une parure coquette