‹ Fables de Florian (volume 5)Chapitre 2 sur 142 · NOTICE · texte numérisé non relu

NOTICE

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qui en rend l’abord plus agréable. Demandez au vulgaire si la parure a jamais gâté quelque chose !

On a dit fort ingénieusement , en parlant des romans pastoraux de Florian, qu’il y manquait des loups , et ce que je viens de remarquer sur le tour particulier de son esprit explique assez bien ce reproche. Florian n’avait pas deviné les loups. La révolutiôn le jeta dans les cachots, en expiation de sa naissance et de son talent , et il mourut à l’âge de quarante ans, peu de jours après sa mise en liberté, parce que les souffrances et les terreurs de sa captivité avaient brisé le ressort de sa vie. Les penchants naturels de son caractère et de son imagination font douter que sa réputation eût gagné beaucoup à une plus longue existence. La pastorale était pour longtemps passée de mode.

Là se bornerait tout ce qu’il est nécessaire de savoir sur l’histoire littéraire de Florian , si Florian n’avait pas été fabuliste; et on ne peut le considérer sous ce dernier rapport sans déplorer la fatalité qui ne lui a permis de s’élever si haut au-dessus de la plupart de ses émules, entre tant de genres où son esprit facile et doux s’est essayé , que dans le seul, peut-être, de ses genres favoris où le premier rang ne fût plus à conquérir. La place était prise par La Fontaine, et , quoi qu’il arrive, La Fontaine la gardera toujours. Il y a des palmes que la postérité ne décerne qu’une fois et qui ne changent plus de maître. C’est ce qui rend généralement si stériles les efforts de ces talents de l’arrière-saison qui ne sont pas nés à propos. On peut hardiment avancer que, si La Fontaine n’eût pas existé, Florian jouirait d’une toute autre renommée poétique; mais on est libre aussi de croire que, si La Fontaine n’eût pas existé, Florian n’aurait probablement jamais composé de fables.

SUR FLORIAN

Il n’est certainement pas question ici d’établir entre les Fables de La Fontaine et les Fables de Florian une comparaison impossible. Pour élever l’apologue naïf des enfants au rang des genres classiques, sous le règne de Louis XIV; pour introduire dans le cadre simple et prosaïque d’Esope, dans la composition polie , mais froide et sévère , de Phèdre , dans le quatrain sentencieux des gnomiques , la gaieté mordante de Martial, la grâce voluptueuse de Tibulle, la sensibilité rêveuse d’Ovide exilé , la philosophie si profonde et cependant si naturelle d’Horace; pour y atteindre, chose étrange! et comme en se jouant, à la hauteur des mystères de la philosophie et des machines de l’épopée , à la précision lumineuse de Descartes et à la magnificence d’Homère, il fallait être plus que Florian , il fallait être presque plus qu’un homme ; il fallait être La Fontaine.

Il faut rendre à Florian la justice de déclarer qu’il ne s’était pas dissimulé les dangers de cette concurrence; il protesta même expressément contre l’intention de la tenter, dans son Essai sur la fable , morceau de littérature qui laisse désirer un peu plus d’érudition et de connaissance des modèles, mais non pas plus de grâce et de modestie. La génération actuelle lui a tenu compte de cette abnégation judicieuse, en lui donnant sans balancer la première place après La Fontaine, et il est à présumer qu’il la conservera longtemps.

Cette place est belle sans doute, et on me dispenserait volontiers d’en relever l’éclat par des considérations qui peuvent offrir au premier abord quelque apparence de paradoxe. 11 n’y a cependant rien de plus vrai que ce qui me reste à dire : c’est que , sous tous les rapports essentiels , les Fables de Florian fournissent une lecture mieux appropriée à l’éducation des jeunes gens que les Fables de La Fontaine.

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