‹ Fables de Florian (volume 5)Chapitre 100 sur 142 · LE COL RII SAIN ET LE DIEU PROTÉE · texte numérisé non relu

LE COL RII SAIN ET LE DIEU PROTÉE

Pour leur seul intérêt ils se montrent habiles.

Ce sont discours de médisants.

J’ai lu , je ne sais où, qu’autrefois en Syrie Ce fut un courtisan qui sauva sa patrie;

Voici comment. Dans le pays La peste avait été portée,

Et ne devait cesser que quand le dieu Protée Dirait là-dessus son avis.

Ce dieu, comme l’on sait, n’est pas facile à vivre; Pour le faire parler il faut longtemps le suivre,

Près de son antre l’épier,

Le surprendre et puis le lier,

Malgré la figure effrayante Qu’il prend et quitte à volonté.

Certain vieux courtisan , par le roi député ,

Devant le dieu marin tout à coup se présente. Celui-ci , surpris, irrité,

Se change en noir serpent : sa gueule empoisonnée Lance et retire un dard messager du trépas ,

Tandis que dans sa marche oblique et détournée ,

Il glisse sur lui-même et d’un pli fait un pas.

Le courtisan sourit : Je connais cette allure ,

Dit-il , et mieux que toi je sais mordre et ramper.

Il court après pour l’attraper,

Mais le dieu change de figure;

Il devient tour à tour loup, singe, lynx, renard.

Tu veux me vaincre dans mon art ,

Disait le courtisan ; mais depuis mon enfance ,

Plus que ces animaux avide , adroit, rusé ,

Chacun de ces tours-là pour moi se trouve usé. Changer d’habit , de mœurs , même de conscience , Je ne vois rien là que d’aisé.

Lors il saisit le dieu , le lie ,

Arrache son oracle et retourne vainqueur.

Ce trait nous prouve, ami lecteur,

Combien un courtisan peut servir la patrie.

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