DON QUICHOTTE
Mener une plus douce vie,
Et choisit l’état de berger.
Le voilà donc qui prend panetière et houlette ,
Le petit chapeau rond garni d’un ruban vert ,
Sous le menton faisant rosette.
Jugez de la grâce et de l’air De ce nouveau Tircis! Sur sa rauque musette Il s’essaye à charmer l’écho de ces cantons ,
Achète au boucher des moutons,
Prend un roquet galeux , et, dans cet équipage,
Par l’hiver le plus froid qu’on eût vu de longtemps,
Dispersant son troupeau sur les rives du Tage ,
Au milieu de la neige il chante le printemps.
Point de mal jusque-là : chacun à sa manière Est libre d’avoir du plaisir.
Mais il vint à passer une grosse vachère ;
Et le pasteur, pressé d’un amoureux désir,
Court et tombe à ses pieds : O belle Timarette !
Dit-il , toi que l’on voit parmi tes jeunes sœurs Comme le lis parmi les fleurs ,
Cher et cruel objet de ma flamme secrète ,
Abandonne un moment le soin de tes agneaux,
Viens voir un nid de tourtereaux Que j’ai découvert sur ce chêne.
Je veux te le donner : hélas ! c’est tout mon bien.
Ils sont blancs : leur couleur, Timarette, est la tienne; Mais, par malheur pour moi , leur cœur n’est pas le tien. A ce discours, la Timarette ,
Dont le vrai nom était Fanchon ,
Ouvre une large bouche, et, d’un œil fixe et bête, Contemple le vieux Céladon ,
Quand un valet de ferme, amoureux de la belle, Paraissant tout à coup, tombe à coups de bâton Sur le berger tendre et fidèle ;
Et vous l’étend sur le gazon.
Don Quichotte criait : Arrête,
Pasteur ignorant et brutal ;
Ne sais-tu pas nos lois? Le cœur de Timarette Doit devenir le prix d’un combat pastoral;
FABLE XX
Chante et ne frappe pas. Vainement il l’implore, L’autre frappait toujours, et frapperait encore Si l’on n’était venu secourir le berger Et l’arracher à sa furie.
Ainsi guérir d’une folie ,
Bien souvent ce n’est qu’en changer.
Aller de chute en chute, et, se traînant ainsi , Faire un tiers du chemin jusqu’à près de midi; Voir sur sa tête alors amasser les nuages ,
Dans un sable mouvant précipiter ses pas, Courir, en essuyant orages sur orages ,
Vers un but incertain où l’on n’arrive pas; Détrompé vers le soir, chercher une retraite Arriver haletant, se coucher, s’endormir :
On appelle cela naître, vivre et mourir;
La volonté de Dieu soit faite !