‹ Fables de Florian (volume 5)Chapitre 110 sur 142 · DON QUICHOTTE · texte numérisé non relu

DON QUICHOTTE

Mener une plus douce vie,

Et choisit l’état de berger.

Le voilà donc qui prend panetière et houlette ,

Le petit chapeau rond garni d’un ruban vert ,

Sous le menton faisant rosette.

Jugez de la grâce et de l’air De ce nouveau Tircis! Sur sa rauque musette Il s’essaye à charmer l’écho de ces cantons ,

Achète au boucher des moutons,

Prend un roquet galeux , et, dans cet équipage,

Par l’hiver le plus froid qu’on eût vu de longtemps,

Dispersant son troupeau sur les rives du Tage ,

Au milieu de la neige il chante le printemps.

Point de mal jusque-là : chacun à sa manière Est libre d’avoir du plaisir.

Mais il vint à passer une grosse vachère ;

Et le pasteur, pressé d’un amoureux désir,

Court et tombe à ses pieds : O belle Timarette !

Dit-il , toi que l’on voit parmi tes jeunes sœurs Comme le lis parmi les fleurs ,

Cher et cruel objet de ma flamme secrète ,

Abandonne un moment le soin de tes agneaux,

Viens voir un nid de tourtereaux Que j’ai découvert sur ce chêne.

Je veux te le donner : hélas ! c’est tout mon bien.

Ils sont blancs : leur couleur, Timarette, est la tienne; Mais, par malheur pour moi , leur cœur n’est pas le tien. A ce discours, la Timarette ,

Dont le vrai nom était Fanchon ,

Ouvre une large bouche, et, d’un œil fixe et bête, Contemple le vieux Céladon ,

Quand un valet de ferme, amoureux de la belle, Paraissant tout à coup, tombe à coups de bâton Sur le berger tendre et fidèle ;

Et vous l’étend sur le gazon.

Don Quichotte criait : Arrête,

Pasteur ignorant et brutal ;

Ne sais-tu pas nos lois? Le cœur de Timarette Doit devenir le prix d’un combat pastoral;

FABLE XX

Chante et ne frappe pas. Vainement il l’implore, L’autre frappait toujours, et frapperait encore Si l’on n’était venu secourir le berger Et l’arracher à sa furie.

Ainsi guérir d’une folie ,

Bien souvent ce n’est qu’en changer.

Aller de chute en chute, et, se traînant ainsi , Faire un tiers du chemin jusqu’à près de midi; Voir sur sa tête alors amasser les nuages ,

Dans un sable mouvant précipiter ses pas, Courir, en essuyant orages sur orages ,

Vers un but incertain où l’on n’arrive pas; Détrompé vers le soir, chercher une retraite Arriver haletant, se coucher, s’endormir :

On appelle cela naître, vivre et mourir;

La volonté de Dieu soit faite !

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