‹ Fables de Florian (volume 5)Chapitre 109 sur 142 · LES DEUX PAYSANS ET LE NUAGE · texte numérisé non relu

LES DEUX PAYSANS ET LE NUAGE

ij illot, disait un jour Lucas D’une voix triste et lamentable,

VNe vois-tu pas venir là-bas Ce gros nuage noir? C’est la marque effroyable Du plus grand des malheurs. — Pourquoi? répond Guillot.

— Pourquoi? Regarde donc ; ou je ne suis qu’un sot ,

Ou ce nuage est de la grêle Qui va tout abîmer, vigne, avoine, froment ;

Toute la récolte nouvelle Sera détruite en un moment.

Il ne restera rien, le village en ruine Dans trois mois aura la famine ;

Puis la peste viendra, puis nous périrons tous.

— La peste! dit Guillot ; doucement, calmez-vous.

Je ne vois point cela , compère ;

Et, s’il faut vous parler selon mon sentiment, C’est que je vois tout le contraire ;

Car ce nuage assurément Ne porte point de grêle, il porte de la pluie.

La terre est sèche dès longtemps,

Il va bien arroser nos champs ;

Toute notre récolte en doit être embellie.

Nous aurons le double de foin ,

Moitié plus de froment , de raisins abondance;

Nous serons tous dans l’opulence ,

Et rien , hors les tonneaux, ne nous fera besoin.

— C’est bien voir que cela ! dit Lucas en colère.

— Mais chacun a ses yeux, lui répondit Guillot.

— Oh ! puisqu’il est ainsi , je ne dirai plus mot,

Attendons la fin de l’affaire :

Rira bien qui rira le dernier. — Dieu merci !

Ce n’est pas moi qui pleure ici.

Ils s’échauffaient tous deux; déjà, dans leur furie, Ils allaient se gourmer, lorsqu’un souffle de vent Emporta loin de là le nuage effrayant :

Ils n’eurent ni grêle ni pluie.

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