‹ Fables de Florian (volume 5)Chapitre 113 sur 142 · A M L’ABBÉ DELILLE · texte numérisé non relu

A M L’ABBÉ DELILLE

Digne rival , souvent vainqueur,

Du chantre fameux d’Ausonie ,

Delille , ne crains.rien ;esur mes légers'pipcaux Je ne viens point ici célébrer tes travaux,

Ni dans de faibles vers parler de poésie.

Je sais que l'immortalité,

Qui t’est déjà promise au temple de Mémoire ,

T’est moins chère que ta gaîté ;

Je sais que, méritant tes succès sans y croire, Content par caractère et non par vanité ,

Tu te fais pardonner ta gloire A force d’amabilité;

C'est ton secret , aussi je finis ce prologue,

Mais du moins lis mon apologue;

Et si quelque envieux , quelque esprit de travers .

Outrageant un jour tes beaux vers ,

Te donne assez d’humeur pour t’empêcher d’écrire Je te demande alors de vouloir le relire.

Dans une belle nuit du charmant mois de mai ,

Un berger contemplait, du haut d’une colline .

La lune promenant sa lumière argentine Au milieu d’un ciel pur d’étoiles parsemé,

Le tilleul odorant, le lilas, l’aubépine,

Au gré du doux zéphyr balançant leurs rameaux , Et les ruisseaux dans les prairies Brisant sur des rives fleuries Le cristal de leurs claires eaux.

Un rossignol, dans le bocage,

Mêlait ses doux accents à ce calme enchanteur : L'écho les répétait, et notre heureux pasteur, Transporté de plaisir, écoutait son ramage Mais tout à coup l’oiseau finit ses tendres sons.

En vain le berger le supplie

De continuer ses chansons.

Non, dit le rossignol , c’en est fait pour la vie ;

Je ne troublerai plus ces paisibles forêts. N’entends-tu pas dans ce marais Mille grenouilles coassantes Qui , par des cris affreux, insultent à mes chants? Je cède, et reconnais que mes faibles accents Ne peuvent l’emporter sur leurs voix glapissantes. Ami , dit le berger, tu vas combler leurs vœux ;

Te taire est le moyen qu’on les écoute mieux :

Je ne les entends plus aussitôt que tu chantes.

Deux énormes lions, de la soif tourmentés, Arrivèrent au pied d’un désert solitaire.

Un filet d’eau coulait , faible et dernier effort

De quelque naïade expirante.

Les deux lions courent d’abord Au bruit de cette eau murmurante.

Ils pouvaient boire ensemble, et la fraternité , Le besoin , leur donnaient ce conseil salutaire ; Mais l’orgueil disait le contraire ,

Et l’orgueil fut seul écouté.

Vs

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