‹ Fables de Florian (volume 5)Chapitre 120 sur 142 · LE PAYSAN ET LA RIVIÈRE · texte numérisé non relu

LE PAYSAN ET LA RIVIÈRE

Mon âme s’est trop avilie :

J’ai cherché le plaisir, guidé par la folie ,

Et mon cœur n’a trouvé que le remords affreux. C’en est fait, je renonce à l’indigne maîtresse Que j’adorai toujours sans jamais l’estimer;

Tu connais pour le jeu ma coupable faiblesse, Eh bien ! je vais la réprimer ;

Je vais me retirer du monde ,

Et , calme désormais , libre de tous soucis ,

Dans une retraite profonde ,

Vivre pour la sagesse et pour mes seuls amis.

— Que de fois vous l’avez promis !

Toujours en vain, lui répondis-je.

Çà, quand commencez-vous? — Dans huit jours sûrement.

— Pourquoi pas aujourd’hui? Ce long retard m’afflige.

— Oh ! je ne puis dans un moment Briser une si forte chaîne :

Il me faut un prétexte; il viendra, j’en réponds.

Causant ainsi, nous arrivons Jusque sur les bords de la Seine,

Et j’aperçois un paysan Assis sur une large pierre,

Regardant l’eau couler d’un air impatient.

— L’ami, que fais-tu là ? — Monsieur, pour une affaire Au village prochain je suis contraint d’aller ;

Je ne vois point de pont pour passer la rivière,

Et j’attends que cette eau cesse enfin de couler.

Mon ami, vous voilà, cet ‘homme est votre image :

Vous perdez en projets les plus beaux de vos jours .

Si vous voulez passer, jetez-vous à la nage ,

Car cette eau coulera toujours.

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