‹ Fables de Florian (volume 5)Chapitre 131 sur 142 · LE HERISSON ET LES LAPINS · texte numérisé non relu

LE HERISSON ET LES LAPINS

est certains esprits d’un naturel hargneux

Qni toujours ont besoin de guerre Ils aiment à piquer, se plaisent à déplaire,

Et montrent pour cela des talents merveilleux.

Quant à moi, je les fuis sans cesse,

Eussent-ils tous les dons et tous les attributs ;

J’y veux de l’indulgence ou de la politesse;

C’est la parure des vertus.

En hérisson, qu’une tracasserie»

Avait forcé de quitter sa patrie, Dans un grand terrier de lapins Vint porter sa misanthropie.

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Il leur conta ses longs chagrins,

Contre ses ennemis exhala bien sa bile,

Et finit par prier les hôtes souterrains De vouloir lui donner asile.

Volontiers, lui dit le doyen ;

Nous sommes bonnes gens, nous vivons comme frères, Et nous ne connaissons ni le tien ni le mien ;

Tout est commun ici : nos plus grandes affaires Sont d’aller, dès l’aube du jour.

Brouter le serpolet, jouer sur Eherbe tendre Chacun, pendant ce temps, sentinelle à son tour,

Veille sur le chasseur qui voudrait nous surprendre; S’il l’aperçoit, il frappe, et nous voilà blottis.

Avec nos femmes, nos petits,

Dans la gaîté, dans la concorde,

Nous passons les instants que le ciel nous accorde*.

Souvent ils sont prompts à finir;

Les panneaux, les furets abrègent notre vie;

Raison de plus pour en jouir.

Du moins, par l’amitié, l’amour et le plaisir,

Autant qu’elle a duré nous l’avons embellie :

Telle est notre philosophie.

Si cela vous convient, demeurez avec nous,

Et soyez de la colonie ; .

Sinon, faites l’honneur à notre compagnie D’accepter à dîner, puis retournez chez vous.

A ce discours plein de sagesse,

Le hérisson repart qu’il sera trop heureux

De passer ses jours avec eux.

Alors chaque lapin s’empresse D’imiter l’honnête doyen

Et de lui faire politesse.

Jusques au soir tout alla bien.

Mais lorsque après souper la troupe réunie

Se mit à deviser des affaires du temps,

Le hérisson de ses piquants Blesse un jeune lapin. Doucement, je vous prie,

Lui dit le père de l’enfant.

Le hérisson, se retournant, j

En pique deux, puis trois, et puis un quatrième.

On murmure, on se fâche, on l’entoure en grondant. j

Messieurs, s’écria-t-il, mon regret est extrême;

11 faut me le passer, je suis ainsi bâti,

Et je ne puis pas me refondre.

— Ma foi ! dit le doyen, en ce cas, mon ami,

Tu peux aller te faire tondre.

Qu’ont pour moi tes pareils ; te voilà ma conquête ! Il est des dieux vengeurs. — Hélas ! je le voudrais, Répondit le pigeon. — O comble de forfaits !

S’écria le milan ; quoi ! ton audace impie Ose douter qu’il soit des dieux?

J’allais te pardonner, mais pour ce doute affreux. Scélérat, je te sacrifie.

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