‹ Fables de Florian (volume 5)Chapitre 135 sur 142 · L'AI OLE ET LE 'HIBOU · texte numérisé non relu

L'AI OLE ET LE 'HIBOU

Mon frère, répond-il (les aigles sont polis Lorsqu’ils sont malheureux), que je vous trouve sage ! Combien votre raison, vos excellents avis M’inspirent le désir de vous voir davantage ,

De vous. imiter, si je puis !

Minerve , en vous plaçant sur sa tête divine ,

Connaissait bien tout votre prix ;

C’est avec elle , j’imagine ,

Que vous en avez tant appris.

— Non, répond le hibou, j’ai bien peu de science :

Mais je sais me suffire et j’aime le silence ,

L’obscurité surtout. Quand je vois des oiseaux Se disputer entre eux la force , le courage ,

Ou la beauté du chant , ou celle du plumage ,

.le ne me mêle point parmi tant de rivaux Et me tiens dans mon ermitage.

Si, malheureusement, le matin , dans le bois,

Quelque étourneau bavard , quelque méchante pie M’aperçoit, aussitôt leurs glapissantes voix Appellent de partout une troupe étourdie ,

Qui me poursuit et m’injurie.

Je souffre , je me tais , et, dans ce chamaillis ,

Seul , de sang-froid et sans colère,

M’esquivant doucement de taillis en taillis.

Je regagne à la fin ma retraite si chère.

Là, solitaire et libre, oubliant tous mes maux,

Je laisse les soucis, les craintes à la porte ;

Voilà tout mon savoir : Je m’abstiens, je supporte y

La sagesse est dans ces deux mots.

Tu me l’as dit cent fois, cher Ducis , tes ouvrages , Tes beaux vers, tes nombreux succès Ne sont rien à tes yeux, auprès de cette paix Que l'innocence donne aux sages.

Quand , de l’Eschyle anglais heureux imitateur.

Je te vois , d’une main hardie ,

Porter sur la scène agrandie Les crimes de Macbeth , de Lear le malheur,

La gloire est un besoin pour ton âme attendrie,

Mais elle est un fardeau pour ton sensible cœur.

Seul , au fond d’un désert, au bord d’une onde pure. Tu ne veux que ta Ivre, un saule et la nature :

Le vain désir d’être oublié T’occupe et te charme sans cesse ;

Ah ! souffre au moins que l’amitié Trompe en ce seul point ta sagesse.

ItftUiJIK,**

fô Tf:'

m an fc um

Page 1