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C’est par une erreur très-commune, à la vérité , mais qui n’en est pas moins très -grossière, qu’on a regardé les Fables de La Fontaine comme un livre propre aux enfants. Sans adopter aveuglément les critiques souvent injustes de Rousseau , on est obligé de convenir avec lui que ces délicieuses compositions sont généralement fort au-dessus de l’intelligence du premier âge. Notre admirable conteur est autre chose encore qu’un conteur; c’est un admirable observateur qui a pénétré tous les secrets du cœur humain , un philosophe qui a lu à livre ouvert dans les mystères de la nature , un politique d’instinct et de génie qui n’ignore rien de la science des cours. Il est naïf et simple , parce que tel est le caractère du genre dans lequel il écrit , mais sa naïveté est satirique et sa simplicité moqueuse. Il raisonne sérieusement , même quand on croirait qu’il badine , et il n’est jamais plus près d’une vérité hardie que lorsqu’il paraît se jouer à la superficie d’un mensonge sans conséquence. Les Fables de La Fontaine sont un livre d’homme, et je n’entends pas même par là que les Fables de La Fontaine soient à la portée de tous les hommes.
C’est avoir prolité que d’avoir su s’y plaire.
Le style de La Fontaine est un autre genre d’étude qui ne se dérobe pas moins aux régies de l’application pratique. La Fontaine arrivait à une époque où notre grammaire était moins arrêtée que jamais, si elle doit l’être jamais. Il affectionnait les formes de l’ancien langage, l’archaïsme pur, l’idiotisme , le patois. Il faisait même des mots à sa guise, avec peu d’égard au Dictionnaire que l’on composait sous ses yeux. Sa langue n’était pas le français du Dictionnaire, c’était le
SUR FLORIAN
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français de La Fontaine, et il est devenu classique dans La Fontaine , en dépit des grammairiens ; mais ce n’est pas tout à fait quand on apprend à lire qu’on peut apprécier ces licences du maître qui seraient des fautes graves dans l’écolier. 11 ne faut pas lire La Fontaine à côté de la Syntaxe et du Rudiment; il faut le lire quand on a lu beaucoup; il faut le relire quand on a tout lu , quand on sait lire au sens moral du mot , c’est-à-dire quand on sait la raison de l’expression comme celle de la pensée.
Florian n’est pas à la hauteur de ce génie merveilleux , mais il est toujours clair, instructif et moral. Il n’a pas donné au langage ce mouvement de vie qui est une espèce de création , mais il est toujours correct et pur. Il est rarement neuf dans les idées, plus rarement neuf dans les formes et dans les acceptions, mais il est toujours aimable et amusant, de bon exemple et de bon conseil. Ses enseignements sont moins élevés, mais ils n’en sont que mieux mesurés à la capacité des intelligences ordinaires. Quand il perd de vue son inimitable modèle, il est encore bon à suivre, parce qu’il ne peut jamais se tromper absolument, ni sur le fond des choses , ni sur la manière de les exprimer; quand il s’en rapproche , il est exquis.
On a cru devoir aux Fables de Florian les honneurs d’une édition illustrée; ce n’est que justice. Les Fables de Florian sont un chef-d’œuvre du dix-huitième siècle, et un des meilleurs livres de tous les temps.
On a réuni à cette édition, pour qu’elle n’eût rien à envier à la meilleure de toutes les autres , les charmants poèmes de Ruth et de Tobie , ces ravissantes pastorales de l’Écriture qui n’eurent jamais de modèles , qui ne furent jamais égalées , et dont le génie candide de Florian était seul digne, au dix-huitième