‹ Fables de Florian (volume 5)Chapitre 63 sur 142 · LES SINGES ET LE LEOPARD · texte numérisé non relu

LES SINGES ET LE LEOPARD

Assise gravement, tenait sur ses genoux La tête de celui qui , courbant son échine , Sur sa main recevait les coups.

On frappait fort, et puis devine !

Il ne devinait point : c’étaient alors des ris , Des sauts, des gambades, des cris.

Attiré par le bruit du fond de sa tanière ,

Un jeune léopard, prince assez débonnaire ,

Se présente au milieu de nos singes joyeux.

Tout tremble à son aspect. Continuez vos jeux,

Leur dit le léopard, je n’en veux à personne ;

Rassurez-vous, j’ai l’âme bonne;

Et je viens même ici , comme particulier,

A vos plaisirs m’associer.

Jouons , je suis de la partie.

— Ah ! monseigneur, quelle bonté !

Quoi ! Votre Altesse veut, quittant sa dignité, Descendre jusqu’à nous? — Oui, c’est ma fantaisie. Mon Altesse eut toujours de la philosophie,

Et sait que tous les animaux Sont égaux.

Jouons donc , mes amis , jouons , je vous en prie. Les singes enchantés crurent à ce discours ,

Comme l’on y croira toujours.

Toute la troupe joviale

Se remet à jouer : l’un d’entre eux tend la main ;

Le léopard frappe, et soudain On voit couler du sang sous la griffe royale.

Le singe cette fois devina qui frappait ;

Mais il s’en alla sans le dire.

Ses compagnons faisaient semblant de rire,

Et le léopard seul riait.

Bientôt chacun s’excuse et s’échappe à la hâte ,

En se disant entre leurs dents .

Ne jouons point avec les grands ;

Le plus doux a toujours des gri fiés à la patte.

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