‹ Fables de Florian (volume 5)Chapitre 81 sur 142 · EK H ENARD QUI PRÊCHE · texte numérisé non relu

EK H ENARD QUI PRÊCHE

goutteux, t, disert,

Et sachant très-bien sa logique ,

Se mit à prêcher au désert.

Son style était fleuri , sa morale excellente.

Il prouvait en trois points que la simplicité ,

Les bonnes mœurs , la probité,

Donnent à peu de frais cette félicité

Qu’un monde imposteur nous présente,

Et nous fait payer cher sans la donner jamais. Notre prédicateur n’avait aucun succès ;

Personne ne venait , hors cinq on six marmottes ,

Ou bien quelques biches dévotes Qui vivaient loin du bruit , sans entour, sans faveur,

Et ne pouvaient pas mettre en crédit l’orateur.

Il prit le bon parti de changer de matière,

Prêcha contre les ours , les tigres , les lions ,

Contre leurs appétits gloutons,

Leur soif, leur rage sanguinaire.

Tout le monde accourut alors à ses sermons ;

Cerfs , gazelles , chevreuils , y trouvaient mille charmes ; L’auditoire sortait toujours baigné de larmes,

Et le nom du renard devint bientôt fameux.

Un lion , roi de la contrée ,

Bonhomme au demeurant , et vieillard fort pieux ,

De l’entendre fut curieux.

Le renard fut charmé de faire son entrée A la cour : il arrive , il prêche , et cette fois ,

Se surpassant lui-même, il tonne, il épouvante Les féroces tyrans des bois,

Peint la faible innocence à leur aspect tremblante , Implorant chaque jour la justice trop lente Du maître et du juge des rois.

Les courtisans , surpris de tant de hardiesse,

Se regardaient sans dire rien ;

Car le roi trouvait cela bien :

La nouveauté parfois fait aimer la rudesse.

Au sortir du sermon , le monarque enchanté Fit venir le renard : Vous avez su me plaire ,

Page 1