UE PERROQUET CONFIANT
Pourquoi nous affliger avant que le mal vienne? Pourquoi? Pour l’éviter, s’il en est encor temps.
Un capitaine de navire,
Fort brave homme, mais peu prudent ,
Se mit en mer malgré le vent.
Le pilote avait beau lui dire Qu’il risquait sa vie et son bien ,
Notre homme ne faisait qu’en rire Et répétait toujours : Cela ne sera rien.
Un perroquet de l’équipage,
A force d’entendre ces mots ,
Les retint , et les dit pendant tout le voyage.
Le navire égaré voguait au gré des flots,
Quant un calme plat vous l’arrête.
Les vivres tiraient à leur fin ;
Point de terre voisine, et bientôt plus de pain. Chacun des passagers s’attriste, s’inquiète;
Notre capitaine se tait.
Cela ne sera rien , criait le perroquet.
Le calme continue; on vit vaille que vaille;
Il ne reste plus de volaille ;
On mange les oiseaux , triste et dernier moyen ! Perruches, cardinaux , catakois, tout y passe;
Le perroquet , la tête basse ,
Disait plus doucement : Cela ne sera rien.
Il pouvait encor fuir : sa cage était trouée ;
Il attendit, il fut étranglé bel et bien ,
Et, mourant , il criait d’une voix enrouée : Cela... cela ne sera rien.
l’aigle et LA COLOMBE.
A MADAME de montesSôn.
Vous qui du blond Phébus savez toucher la lyre , Et de l’Amour lancer les traits ,
Toute louable que vous êtes ,
Je ne vous louerai point; allez , rassurez-vous;
Ce serait vous mettre en courroux ,
Je le sais. Cependant les belles, les poètes Aiment assez l’encens ; vous êtes tout cela ,
Et vous ne l’aimez point; j’en resterai donc là ;
Mais ne vous fâchez pas si j’ose Parler toujours de vous en parlant d’autre chose.
Un aigle, fils des rois de l’empire de l’air,
Sur le soleil fixant sa vue ,
Ne vivait, ne planait qu’au delà de la nue y Et ne se reposait qu’au pied de Jupiter.
Cet aigle s’ennuyait; le soleil et l’Olympe ,
Lorsque sans cesse l’on y grimpe,
Finissent par être ennuyeux.
Notre aigle donc , lassé des cieux ,
Descend sur un rocher. Près de lui vient se rendre Une blanche colombe, aux yeux doux , à l’air tendre , Et dont le seul aspect faisait passer au cœur Ce calme qui toujours annonce le bonheur.
L’aigle s’approche d’elle, et, plein de confiance ,
Lui raconte son déplaisir.
La colombe répond : Petite est ma science,
Mais je crois cependant que je peux vous guérir ;
Daignez me suivre dans la plaine.
Elle dit , l’aigle part. La colombe le mène Dans les valons fleuris , au bord des clairs ruisseaux , Lui montre mille objets nouveaux,
Le fait reposer sous l’ombrage ,
Ensuite le conduit sur de riants coteaux,
Et puis le ramène au bocage,
Où du rossignol le ramage Faisait retentir les échos.
FABLE XXL
Ce n’est tout, elle sait encore Doubler chaque plaisir de son royal amant Par le charme du sentiment.
De plus en plus l’aigle l’adore;
Bientôt ils s’unissent tous deux ;
Leur félicité s’en augmente ;
Et lorsque notre aigle amoureux Voulait remercier son épouse charmante D’avoir enfin trouvé l’art de le rendre heureux, Il lui disait d’une voix attendrie :
Le bonheur n’est pas dans les cieux ;
Il est près d’une bonne amie.