‹ Fables de Florian (volume 5)Chapitre 88 sur 142 · LE SAVANT ET LE FERMIER · texte numérisé non relu

LE SAVANT ET LE FERMIER

J’ignore s’ils pourront m’acquérir de la gloire, Mais je sais qu’ils font mon bonheur.

Avec les animaux je veux passer ma vie;

Ils sont si bonne compagnie !

Je conviens cependant , et c’est avec douleur,

Que tous n’ont pas le même cœur.

Plusieurs que l’on connaît, sans qu’ici je les nomme ,

De nos vices ont bonne part;

Mais je les trouve encor moins dangereux que l’homme Et, fripon pour fripon , je préfère un renard.

C’est ainsi que pensait un sage ,

Un bon fermier de mon pays.

Depuis quatre-vingts ans , de tout le voisinage On venait écouter et suivre ses avis.

Chaque mot qu’il disait était une sentence.

Son exemple surtout aidait son éloquence;

Et, lorsque environné de ses quarante enfants ,

Fils, petits-fils, brus, gendres, filles,

Il jugeait les procès ou réglait les familles,

Nul n’eût osé mentir devant ses cheveux blancs.

Je me souviens qu’un jour dans son champêtre asile Il vint un savant de la ville Qui dit au bon vieillard : Mon père , enseignez-moi Dans quel auteur, dans quel ouvrage ,

Vous apprîtes l’art d’être sage.

Chez quelle nation , à la cour de quel roi ,

Avez-vous été , comme Ulysse,

Prendre des leçons de justice ?

Suivez-vous de Zénon la -rigoureuse loi?

Avez-vous embrassé la secte d’Épicure ,

Celle de Pythagore , ou du divin Platon?

— De tous ces messieurs-là je ne sais pas le nom, Répondit le vieillard ; mon livre est la nature ,

Et mon unique précepteur,

C’est mon cœur.

Je vois les animaux, j’y trouve le modèle Des vertus que je dois chérir :

La colombe m’apprit à devenir fidèle ;

En voyant la fourmi j’amassai pour jouir ;

Mes bœufs m’enseignent la constance,

Mes brebis la douceur, mes chiens la vigilance ;

Et, si javais besoin d’avis Pour aimer mes filles, mes fils ,

La poule et ses poussins me serviraient d’exemple. Ainsi dans l’univers tout ce que je contemple M’avertit d’un devoir qu’il m’est doux de remplir.

Je fais souvent du bien pour avoir du plaisir; J’aime et je suis aimé , mon âme est tendre et pure , Et toujours, selon ma mesure,

Ma raison sait régler mes vœux :

J’observe et je suis la nature,

C’est mon secret pour être heureux.

tv gentil écureuil était le camarade, Le tendre ami d’un beau danois | Un jour qu’ils voyageaient comme Oreste et Pylade ,

La nuit les surprit dans un bois.

En ce lieu point d’auberge; ils eurent de la peine A trouver où se bien coucher.

Enfin le chien se mit dans le creux d’un vieux chêne ,

Et l’écureuil plus haut grimpa pour se nicher, tfers minuit, c’est l’heure des crimes ,

Longtemps après que nos amis ,

En se disant bonsoir, se furent endormis,

Voici qu’un vieux renard, affamé de victimes,

Arrive au pied de l’arbre, et, levant le museau,

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