‹ Fables de Florian (volume 5)Chapitre 92 sur 142 · LE HIBOU ET LE PIGEON · texte numérisé non relu

LE HIBOU ET LE PIGEON

n ue mon sort est affreux ! s’écriait un hibou ;

Vieux, infirme, souffrant, accablé de misère,

Je suis isolé sur la terre .

Et jamais un oiseau n’est venu dans mon trou Consoler un moment ma douleur solitaire.

Un pigeon entendit ces mots ,

Et courut auprès du malade :

Hélas! mon pauvre camarade,

Lui dit-il , je plains bien vos maux;

Mais je ne comprends pas qu’un hibou de votre âge Soit sans épouse , sans parents,

Sans enfants ou petits-enfants.

N’avez- vous point serré les nœuds du mariage Pendant le cours de vos beaux ans ?

Le hibou répondit : Non, vraiment, mon cher frère : Me marier ! Et pourquoi faire?

J’en connaissais trop le danger.

Vouliez-vous que je prisse une jeune chouette Bien étourdie et bien coquette,

(Jui me trahit sans cesse ou me fît enrager ;

Qui me donnât des fils d’un méchant caractère, Ingrats , menteurs , mauvais sujets ,

Désirant en secret le trépas de leur père ?

Car c’est ainsi qu’ils sont tous faits.

Pour des parents , je n’en ai guère,

Et ne les vis jamais : ils sont durs , exigeants,

Pour le moindre sujet s’irritent ,

N’aiment que ceux dont ils héritent;

Encor ne faut-il pas qu’ils attendent longtemps. Tout frère ou tout cousin nous déteste et nous pille.

— Je ne suis pas de votre avis ,

Répondit le pigeon. Mais parlons des amis ;

Des orphelins c’est la famille :

Vous avez dû près d’eux trouver quelques douceurs.

— Les amis ! ils sont tous trompeurs.

J’ai connu deux hiboux qui tendrement s’aimèrent Pendant quinze ans, et, certain jour,

Pour une souris s’égorgèrent.

Je crois à l’amitié moins encor qu’à l’amour.

— Mais ainsi , Dieu me le pardonne !

Vous n’avez donc aimé personne?

— Ma foi ! non, soit dit entre nous.

— En ce cas-là , mon cher, de quoi vous plaignez-vous?

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