‹ Fables de Florian (volume 5)Chapitre 91 sur 142 · L'HABIT D’ ARLEQUIN · texte numérisé non relu

L'HABIT D’ ARLEQUIN

vous connaissez ce quai nomme de la Ferraille,

Où Ton vend des oiseaux, des hommes et des fleurs :

A mes fables souvent c’est là que ,je travaille ;

J’y vois des animaux, et j’observe leurs mœurs. ' Un jour de mardi-gras j’étais à la fenêtre D’un oiseleur de mes amis,

Quand sur le quai je vis paraître Un petit arlequin leste, bien fait , bien mis ,

Qui, la batte à la main , d’une grâce légère, Courait après un masque en habit de bergère.

Ue peuple applaudissait par des ris , par des cris.

Tout près de moi , dans une cage ,

Trois oiseaux étrangers de différent plumage,

Perruche, cardinal , serin ,

Regardaient aussi l’arlequin.

La perruche disait : J’aime peu son visage,

Mais son charmant habit n’eut jamais son égal;

Il est d’un si beau vert ! — Vert! dit le cardinal, Vous n’y voyez donc pas , ma chère?

L’habit est rouge, assurément,

Voilà ce qui le rend charmant.

— Oh ! pour celui-là , mon compère ,

Répondit le serin , vous n’avez pas raison,

Car l’habit est jaune-citron ;

Et c’est ce jaune-là qui fait tout son mérite.

— Il est vert. — Il est jaune. — Il est rouge, morbleu ! Interrompt chacun avec feu ;

Et déjà le trio s’irrite.

Amis, apaisez-vous, leur crie un bon pivert ;

L’habit est jaune, rouge et vert.

Cela vous surprend fort , voici tout le mystère :

Ainsi que bien des gens d’esprit et de savoir,

Mais qui d’un seul côté regardent une affaire,

Chacun de vous ne veut y voir Que la couleur qui sait lui plaire

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