‹ Fables de Florian (volume 5)Chapitre 95 sur 142 · DERVIS · texte numérisé non relu

DERVIS

S’en va courir le monde. Avait-il donc besoin D’aller loin ?

L’embarras de choisir était sa grande affaire :

Des fous toujours plus fous venaient de toutes parts Se présenter à ses regards.

Notre pauvre dépositaire Pour l’offrir à chacun saisissait le coffret :

Mais un pressentiment secret Lui conseillait de n’en rien faire ,

L’assurait qu’il trouverait mieux.

Errant ainsi de lieux en lieux,

Embarrassé de son message ,

Enfin, après un long voyage,

Notre homme et le coffret arrivent un matin Dans la ville de Constantin.

11 trouve tout le peuple en joie :

Que s’est-il donc passé? Rien , lui dit un iman :

C’est notre grand-visir que le sultan envoie,

Au moyen d’un lacet de soie,

Porter au prophète un firman.

Le peuple rit toujours de ces sortes d’affaires ;

Et comme ce sont des misères ,

Notre empereur souvent lui donne ce plaisir.

— Souvent ? — Oui. — C’est fort bien. Votre nouveau visir Est-il nommé ? — Sans doute , et le voilé qui passe.

Le dervis , à ces mots, court , traverse la place,

Arrive, et reconnaît le pacha son ami.

Bon ! te voilà ! dit celui-ci :

Et le coffret? — Seigneur, j’ai parcouru l’Asie : J’ai vu des fous parfaits, mais sans oser choisir. Aujourd’hui ma course est finie;

Daignez l’accepter, grand visir

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