‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 105 sur 394 · LIVRE IV. FABLE XII · texte numérisé non relu

LIVRE IV. FABLE XII

Que d'en porter chacun un quart :

Ce ne vous sera pas une charge trop grande, Et j'en serai plus libre et bien plus en état En cas que les voleurs attaquent notre bande,

Et que l'on en vienne au combat.

i£conduire un lion rarement se pratique. Le voilà donc admis, soulagé, bien reçu, Et, malgré le héros de Jupiter issu, Faisant chère et vivant sur la bourse publique.

Us arrivèrent dans un pré .Tout bordé de ruisseaux, de fleurs tout diapré,

Où maint mouton cherchait sa vie ; Séjour du frais, véritable patrie Des zéphyrs. Le lion n'y fut pas qu'à ces gens

Il se plaignit d'être malade.

Continuez votre ambassade, Dit-il; je sens un feu qui me brûle au dedans, Et veux chercher ici quelque herbe salutaire.

Pour vous, ne perdez point de temps :

Rendez-moi mon argent ; j'en puis avoir affaire. On déballe, et d'abord le lion s'écria,

D'un ton qui témoignait sa joie :

Que de filles, ô dieux, mes pièces de monnaie Ont produites ! Voyez : la plupart sont déoà

Aussi grandes que leurs mères.

Le croit1 m'en appartient. 11 prit tout là-dessus; Ou bien, s'il ne prit tout, il n'en demeura guères

Le singe et les sommiers2 confus, Sans oser répliquer, en chemin se remirent. Au fils de Jupiter on dit qu'ils se plaignirent,

Et n'en eurent point de raison.

Qu'eût-il fait? C'eût été lion contre lion ; Et le proverbe dit : Corsaires à corsaires, L'un l'autre s'attaquant, ne font pas leurs affaires.

1 L'accroissement, le produit.

2 Les bêtes de somme.

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