LIVRE IV. FABLE XVII
Il avait vu sortir gibier de toute sorte,
Veaux de lait, agneaux et brebis, Régiment de dindons, enfin bonne provende. Le larron commençait pourtant à s'ennuyer.
Il entend un enfant crier :
La mère aussitôt le gourmande,
Le menace, s'il ne se tait, De le donner au loup. L'animal se tient prêt, Remerciant les die x d'une telle aventure, Quand la mère, apaisant sa chère géniture, Lui dit : Ne criez point ; s'il vient, nous le tuerons. Qu'est ceci ! s'écria le mangeur de moutons : Dire d'un, puis d'un autre ! est-ce ainsi que Ton traite Les gens faits comme moi? me prend-on pour un sot?
Que, quelque jour, ce beau marmot
Vienne au bois cueillir la noisette...
Comme il disait ces mots, on sort de a maison : Un chien de cour l'arrête; épieux et fourches-fières
L'ajustent de toutes manières.
Que veniez-vous chercher en ce lieu? lui dit-on.
Aussitôt il conta l'affaire.
Merci de moi ! lui dit la mère ; Tu mangeras mon fils ! L'ai-je fait à dessein
Qu'il assouvisse un jour ta faim?
On assomma la pauvre bête.
Un manant lui coupa le pied droit et la tête :
Le seigneur du village à sa porte les mit ;
Et ce dicton picard à l'entour fut écrit : « Biaux chires leups, n'écoutez mie 1 a Mère tenchent chen fieux qui crie. »