‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 113 sur 394 · LIVRE IV. FABLE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE IV. FABLE XIX

On crut qu'il se moquait ; on sourit, mais à tort •

Il sépare les dards et les rompt sans effort.

Vous voyez, reprit-il, l'effet de la concorde :

Soyez joints, mes enfants, que l'amour vous accorde.

Tant que dura son mal, il n'eut autre discours.

Enfin se sentant près de terminer ses jours,

Mes chers enfants, dit-il, je vais où sont nos pères ;

Adieu : promettez-moi de vivre comme frères ;

Que j'obtienne de vous cette grâce en mourant.

Chacun de ses trois fils l'en assure en pleurant.

Il prend à tous les mains ; il meurt. Et les trois frères

Trouvent un bien fort grand, mais fort mêlé d'affaires.

Un créancier saisit, un voisin fait procès :

D'abord notre trio s'en tire avec succès.

Leur amitié fut courte autant qu'elle était rare.

Le sang les avait joints, l'intérêt les sépare :

L'ambition, l'envie, avec les consultants,

Dans la succession entrent en même temps.

On en vient au partage, on conteste, on chicane :

Le juge sur cent points tour à tour les condamne ;

Créanciers et voisins reviennent aussitôt,

Ceux-là sur une erreur, ceux-ci sur un défaut.

Les frères désunis sont tous d'avis contraire :

l'un veut s'accommoder, l'autre n'en veut rien faire.

Tous perdirent leur Lien et voulurent trop tard

Profiter de ces dards unis et pris à part.

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