‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 125 sur 394 · LIVRE V. FABLE IV · texte numérisé non relu

LIVRE V. FABLE IV

Je tiens pour moi que c'est folie, Car de le rattraper il n'est pas trop certain.

Un carpeau qui n'était encore que fretin, Fut pris par un pêcheur au bord d'une rivière. Tout fait nombre, dit l'homme en voyant son butin; Voilà commencement de chère et de festin :

Mettons-le en notre gibecière.

Le pauvre carpillon lui dit en sa manière : Que ferez-vous de moi? je ne saurais fournir

Au plus qu'une demi-bouchée.

Laissez-moi carpe devenir :

Je serai par vous repêchée ; Quelque gros partisan1 m'achètera bien cher :

Au lieu qu'il vous en faut chercher

Peut-être encor cent de ma taille Pour faire un plat : quel plat ! croyez-moi, rien qui vaille. Rien qui vaille! eh bien ! soit, repartit le pêcheur: Poisson, mon bel ami, qui faites le prêcheur, Vous irez dans la poêle ; et, vous avez beau dire,

Dès ce soir on vous fera frire.

Un Tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux Tu l'auras : L'un est sûr, l'autre ne l'est pas.

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