‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 126 sur 394 · LES OREILLES DU LIÈVRE · texte numérisé non relu

LES OREILLES DU LIÈVRE

Un animal cornu blessa de quelques coups

Le lion qui, plein de courroux,

Pour ne plus tomber en la peine,

Bannit des lieux de son domaine Toute bête portant des cornes à son front. Chèvres, béliers, taureaux, aussitôt délogèrenl

Daims et cerfs de climat changèrent :

Chacun à s'en aller fut prompt.

Un lièvre apercevant l'ombre de ses oreilles,

Craignit que quelque inquisiteur

1 Financier.

N'allât interpréter à cornes leur longueur, Ne les soutint en tout à des cornes pareilles. Adieu, voisin grillon, dit-il, je pars d'ici : Mes oreilles enfin seraient cornes aussi; Et quand je les aurais plus courtes qu'une autruche, Je craindrais même encor. Le grillon repartit : Cornes cela ! Vous me prenez pour cruche !

Ce sont oreilles que Dieu fit.

On les fera passer pour cornes, Dit l'animal craintif, et cornes de licornes. J'aurai beau protester ; mon dire et mes raisons

Iront aux Petites-Maisons*.

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