‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 14 sur 394 · L'HIRONDELLE ET LES PETITS OISEAUX · texte numérisé non relu

L'HIRONDELLE ET LES PETITS OISEAUX

Une hirondelle en ses voyages Avait beaucoup appris. Quiconque a beaucoup vu

Peut avoir beaucoup retenu.

Celle-ci prévoyait jusqu'aux moindres orages,

Et devant qu'ils fussent éclos,

Les annonçait aux matelots.

Il arriva qu'au temps que la chanvre 2 se sème, Elle vit un manant en couvrir maints sillons. Ceci ne me plaît pas, dit-elle aux oisillons : Je vous plains ; car, pour moi, dans ce péril extrême, Je saurai m' éloigner, ou vivre en quelque coin. Voyez-vous cette main qui par les airs chemine?

Un jour viendra, qui n'est pas loin, Que ce qu'elle répand sera votre ruine.

1 Nom donné autrefois aux mendiants, parce qu'ils étaient porteurs de besaces.

2 Ce mot s'employait autrefois lu féminin comme au masculin.

De là naîtront engins à vous envelopper, Et lacets pour vous attraper, Enfin mainte et mainte machine Qui causera dans la saison Votre mort ou votre prison :

Gare la cage ou le chaudron !

C'est pourquoi, leur dit l'hirondelle, Mangez ce grain ; et croyez-moi.

Les oiseaux se moquèrent d'elle :

Ils trouvaient aux champs trop de quoi. Quand la chenevière fut verte,

L'hirondelle leur dit : Arrachez Lrin à hrin Ce qu'a produit ce maudit grain, Ou soyez sûrs de votre perte.

Prophète de malheur I babillarde î dit-on, Le bel emploi que tu nous donnes!

Il nous faudrait mille personnes Pour éplucher tout ce canton.

La chanvre étant tout à fait erae,

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