L'HIRONDELLE ET LES PETITS OISEAUX
Une hirondelle en ses voyages Avait beaucoup appris. Quiconque a beaucoup vu
Peut avoir beaucoup retenu.
Celle-ci prévoyait jusqu'aux moindres orages,
Et devant qu'ils fussent éclos,
Les annonçait aux matelots.
Il arriva qu'au temps que la chanvre 2 se sème, Elle vit un manant en couvrir maints sillons. Ceci ne me plaît pas, dit-elle aux oisillons : Je vous plains ; car, pour moi, dans ce péril extrême, Je saurai m' éloigner, ou vivre en quelque coin. Voyez-vous cette main qui par les airs chemine?
Un jour viendra, qui n'est pas loin, Que ce qu'elle répand sera votre ruine.
1 Nom donné autrefois aux mendiants, parce qu'ils étaient porteurs de besaces.
2 Ce mot s'employait autrefois lu féminin comme au masculin.
De là naîtront engins à vous envelopper, Et lacets pour vous attraper, Enfin mainte et mainte machine Qui causera dans la saison Votre mort ou votre prison :
Gare la cage ou le chaudron !
C'est pourquoi, leur dit l'hirondelle, Mangez ce grain ; et croyez-moi.
Les oiseaux se moquèrent d'elle :
Ils trouvaient aux champs trop de quoi. Quand la chenevière fut verte,
L'hirondelle leur dit : Arrachez Lrin à hrin Ce qu'a produit ce maudit grain, Ou soyez sûrs de votre perte.
Prophète de malheur I babillarde î dit-on, Le bel emploi que tu nous donnes!
Il nous faudrait mille personnes Pour éplucher tout ce canton.
La chanvre étant tout à fait erae,