‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 15 sur 394 · LIVRE I. FABLE IX · texte numérisé non relu

LIVRE I. FABLE IX

L'hirondelle ajouta : Ceci ne va pas bien ;

Mauvaise graine est tôt venue.

Mais, puisque jusqu'ici l'on ne m'a crue en rien,

Dès que vous verrez que la terre

Sera couverte, et qu'à leurs blés

Les gens n'étant plus occupés

Feront aux oisillons la guerre ;

Quand reginglettes 1 et réseaux

Attraperont petits oiseaux,

Ne volez plus de place en place, Demeurez au logis, ou changez de climat : Imitez le canard, la grue, et la bécasse.

Mais vous n'êtes pas en état De passer, comme nous, les déserts et les ondes,

Ni d'aller chercher d'autres mondes :

C'est pourquoi vous n'avez qu'un parti qui soit sûr; C'est de vous renfermer aux trous de quelque mur.

Les oisillons, las de l'entendre, Se mirent à jaser aussi confusément Que faisaient les Troyens quand la pauvre Cassandre

Ouvrait la bouche seulement.

Il en prit aux uns comme aux autres : Maint oisillon se vit esclave retenu.

Nous n'écoutons d'instincts que ceux qui sont les nôtres, Et ne croyons le mal que quand il est venu.

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