LA JEUNE VEUVE
La perte d'un époux ne va point sans soupirs : On fait beaucoup de bruit, et puis on se console. Sur les ailes du Temps la tristesse s'envole ;
Le Temps ramène les plaisirs.
Entre la veuve d'une année
Et la veuve d'une journée La différence est grande : on ne croirait jamais
Que ce fut la même personne ; L'une fait fuir les gens, et l'autre a mille attraits ? Aux soupirs vrais ou faux celle-là s'abandonne ; C'est toujours môme note et pareil entretien.
On dit qu'on est inconsolable :
On le dit, mais il n'en est rien,
Comme on verra par cette fable,
Ou plutôt par la vérité.
L'époux d'une jeune beauté Partait pour l'autre monde. A ses côtés sa femme Lui criait : Attends-moi, je te suis ; et mon âme, Aussi bien que la tienne, est prête à s'envoler.
Le mari fait seul le voyage.
La belle avait un père, bomme prudent et sage;
Il laissa le torrent couler.
A la fin, pour la consoler :
Ma fille, lui dit-il, c'est trop verser de larmes ; ■Qu'a besoin le défunt que vous noyiez vos charmes? Puisqu'il est des vivants, ne songez plus aux morts.
1 Pour assignée, licence pDétiaue.