‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 175 sur 394 · LA JEUNE VEUVE · texte numérisé non relu

LA JEUNE VEUVE

La perte d'un époux ne va point sans soupirs : On fait beaucoup de bruit, et puis on se console. Sur les ailes du Temps la tristesse s'envole ;

Le Temps ramène les plaisirs.

Entre la veuve d'une année

Et la veuve d'une journée La différence est grande : on ne croirait jamais

Que ce fut la même personne ; L'une fait fuir les gens, et l'autre a mille attraits ? Aux soupirs vrais ou faux celle-là s'abandonne ; C'est toujours môme note et pareil entretien.

On dit qu'on est inconsolable :

On le dit, mais il n'en est rien,

Comme on verra par cette fable,

Ou plutôt par la vérité.

L'époux d'une jeune beauté Partait pour l'autre monde. A ses côtés sa femme Lui criait : Attends-moi, je te suis ; et mon âme, Aussi bien que la tienne, est prête à s'envoler.

Le mari fait seul le voyage.

La belle avait un père, bomme prudent et sage;

Il laissa le torrent couler.

A la fin, pour la consoler :

Ma fille, lui dit-il, c'est trop verser de larmes ; ■Qu'a besoin le défunt que vous noyiez vos charmes? Puisqu'il est des vivants, ne songez plus aux morts.

1 Pour assignée, licence pDétiaue.

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