‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 183 sur 394 · LE MAL MARIÉ · texte numérisé non relu

LE MAL MARIÉ

Que le bon soit toujours camarade du beau,

Dès demain je chercherai femme ; Mais comme le divorce entre eux n'est pas nouveau, Et que peu de beaux corps, hôtes d'une belle âme,

Assemblent l'un et l'autre point, Ne trouvez pas mauvais que je ne cherche point. J'ai vu beaucoup d'hymens ; aucuns d'eux ne me tentent; Cependant des humains presque les quatre parts S'exposent hardiment au plus grand des hasards ; Les quatre parts aussi des humains se repentent. J'en vais alléguer un qui, s'étant repenti,

Ne put trouver d'autre parti

Que de renvoyer son épouse,

Querelleuse, avare et jalouse.

Rien ne la contentait, rien n'était comme il faut •. On se levait trop tard, on se couchait trop tôt ; Puis du blanc, puis du noir, puis encore autre chose. Les valets enrageaient, l'époux était à bout : Monsieur ne songe à rien, monsieur dépense toui.,

Monsieur court, monsieur se repose.

Elle en dit tant, que monsieur, à la fin,

Lassé d'entendre un tel lutin,

Vous la renvoie à la campagne, Chez ses parents. La voilà donc compagne De certaines Philis qui gardent les dindons,

Avec les gardeurs de cochons.

Au bout de quelque temps qu'on la crut adoucie,

Page 1