‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 184 sur 394 · LIVRE VII. FABLE III · texte numérisé non relu

LIVRE VII. FABLE III

Le mari la reprend. Eh bien ! qu'avez-vous fait?

Comment passiez-vous votre vie ?

L'innocence des champs est-elle votre fait?

Assez, dit-elle : mais ma peine Etait de voir les gens plus paresseux qu'ici

Ils n'ont des troupeaux nul souci.

Je leur savais bien dire, et m'attirais la haine

De tous ces gens si peu soigneux.

Eh ! madame, reprit son époux tout à l'heure1.

Si votre esprit est si hargneux

Que le monde qui ne demeure Qu'un moment avec vous, et ne revient qu'au soir,

Est déoà lassé de vous voir, Que feront les valets qui, toute la journée,

Vous verront contre eux déchaînée?

Et que pourra faire un époux Que vous voulez qui soit jour et nuit avec vous? Retournez au village : adieu. Si de ma vie

Je vous rappelle, et qu'il m'en prenne envie, Puissé-je chez les morts avoir, pour mes péchés, Deux femmes comme vous sans cesse à mes côtés

Page 1