‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 198 sur 394 · XJVRE VII. FABLE XII · texte numérisé non relu

XJVRE VII. FABLE XII

Qu'on en taisait jadis le partage des dieux ! Rarement la Fortune à ses hôtes le laisse.

Ne cherchez point cette déesse, Elle vous cherchera : son sexe en use ainsi.

Certain couple d'amis, en un bourg établi, Possédait quelque bien. L'un soupirait sans cesse Pour la Fortune ; il dit à l'autre un jour :

Si nous quittions notre séjour ?

Vous savez que nul n'est prophète En son pays : cherchons notre aventure ailleurs. Cherchez, dit l'autre ami ; pour moi, je ne souhaite

Ni climats, ni destins meilleurs.

Contentez-vous, suivez votre humeur inquiète : Vous reviendrez bientôt. Je fais vœu cependant

De dermir en vous attendant.

L'ambitieux, ou, si l'on veut, l'avare,

S'en va par voie et par chemin.

Il arriva le lendemain En un lieu que devait la déesse bizarre Fréquenter sur tout autre ; et ce lieu, c'est la cour. Là donc pour quelque temps il fixe son séjour, Se t-rouvaot au coucher, au lever, à ces heures

Que l'on sait être les meilleures ; Bref, se trouvant à tout et n'arrivant à rien. Qu'est-ce ci? se dit-il : cherchons ailleurs du bien. La Fortune pourtant habite ces demeures, Je la vois tous les jours entrer chez celui-ci,

Chez celui-là : d'où vient qu'aussi Je ne puis héberger cette capricieuse ? On me l'avait bien dit, que des gens de ce lieu L'on n'aime pas toujours l'humeur ambitieuse. Adieu, messieurs de cour; messieurs de cour, adieu ? Suivez jusques au bout une ombre qui vous flatte. La Fortune a, dit-on, des temples à Surate : Allons là. Ce fut un de dire et s'embarquer. Ames de bronze, humains, celui-là fut sans doute Armé de diamant, qui tenta cette route,

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